COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION
Mais cette contradiction n’est qu’une apparence résultant
d’une confusion entre le coùt de production individuel et le
coût de production social que nous avons séparés tout à
l’heure.
C’est au coût de production individuel seulement, au
coût en argent, au prix de revient, que s’applique la loi dont
nous venons de parler, qui tend à ramener sans cesse la
valeur du produit àla valeur de ses éléments constitutifs, au
montant des frais. Et s’il arrive que, par l’effet de la concur-
rence, la valeur des produits ne laisse rien de plus à l’entre-
preneur que ses frais de production, c’est-à-dire ne lui laisse
aucun produit, ce sera un résultat fâcheux pour lui, mais
l’entreprise sera tout de même rémunératrice pour tous ces
collaborateurs dont elle aura payé les services. Il peut même
arriver que ceux-ci gagnent beaucoup alors que l’entrepre-
neur sera en perte. La première entreprise de Panama, celle
de Lesseps, a perdu tout son capital, mais a fait gagner des
centaines de millions à bon nombre de personnes, ingé-
nieurs, banquiers, sans oublier les journalistes.
Mais si l’on regarde au coût de production social, alors il
n’est pas vrai de dire que la richesse produite ne dépasse
pas en général la richesse consommée. Tout au contraire ! I!
est dans la nature de toute opération productive de créer
plus d’utilités qu’elle n’en détruit, de laisser, comme on dit,
un produit net, non pas seulement dans l’agriculture, comme
l’enseignaient les Physiocrates, mais dans toute production.
Il faut bien qu’il en soit ainsi, car comment la civilisation
aurait-elle pu se développer, comment l’humanité aurait-
elle pu s'élever au-dessus de l’animalité si la production ne
laissait pas normalement un produit net qui sert à l’élargis-
sement de ses consommations et à l'accroissement de son
capital? Il est clair que si l’homme ne récoltait jamais plus
de blé qu'il n’en consomme pour la semence et pour sa
nourriture, il n’aurait jamais pu fonder une famille ni
une cité.
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