Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE GRAND PLAN DE NAPOLEON SUR L’ORIENT. 87 
Moyennant quoi, les troupes persanes agiraient contre les 
Russes vers le Caucase ; les troupes françaises pourraient 
traverser la Perse, les escadres françaises s’abriter dans ses 
ports, si l’empereur jugeait nécessaire de les envoyer vers 
l’Inde. L’alliance de la Perse pouvait donc servir contre la 
Russie ; Napoléon pensait aussi l’employer contre l’Angle 
terre, et, à la suite du traité de Finkenstein, le général 
Gardane fut envoyé à Téhéran, pour y étudier un plan 
d’invasion de l’Inde par l’Iran. 
Napoléon vainquit les Russes sans avoir besoin de toutes 
ces alliances dont il les enserrait au sud-ouest et au sud-est. 
Sa victoire de Friedland, le 14 juin 1807, fut décisive. Le 
tsar Alexandre I*” sollicita un entrevue qui eut lieu à Tilsitt, 
sur le Niémen : les deux empereurs y restèrent quinze jours 
ensemble et y fondèrent, sinon une amitié sincère, du 
moins une alliance en apparence solide. 
Ils agitèrent, pendant ces quinze jours, bien des ques 
tions délicates; le sort du monde y fut débattu, et notam 
ment la question d’Orient. Napoléon n’était pas sans 
embarras à ce sujet; il avait surexcité toutes les forces 
musulmanes contre la Russie, et maintenant il fondait son 
système politique sur l’alliance russe. Il était difficile 
d’échapper à cette contradiction dangereuse. 
Il en fut sauvé par une série de révolutions de palais qui 
bouleversèrent alors le gouvernement ottoman pendant 
plus d’une année. L’influence occidentale, même française, 
ne plaisait pas à tous les Ottomans, et le parti Vieux-Turc, 
appuyé sur les ulémas ou docteurs du Coran et sur les 
Janissaires inquiets pour leurs privilèges, s’irritait chaque 
jour davantage contre Sélim, à mesure que les troupes du 
nizâm-djedid ou de la nouvelle ordonnance devenaient plus 
nombreuses et plus capables de soutenir la politique réfor 
matrice du sultan. Au mois de mars 1805, Sélim III pro 
mulgua un hatti-chérif prescrivant de verser dans le nizam- 
djedid les jeunes gens les plus robustes et les plus intel 
ligents des autres corps, même des janissaires. C’était 
achever la réorganisation militaire de l’empire, mais aussi 
décimer les anciennes troupes. Les Janissaires se révol 
tèrent; Sélim ne se crut pas encore capable de les réduire 
et retira son hatti-chérif. La rébellion s’apaisa, mais la 
défiance dura. 
Lors de l’attaque de la flotte anglaise, en février 1807,
	        
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