Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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L’INDÉPENDANCE  DE  LA  GRÈCE.

pendant  les  dernières  années  de  son  règne,  son  empira
parut  à  la  veille  de  sa  ruine.
L’insurrection  grecque,  où  il  pensait  trouver  ses  premiers
triomphes,  lui  apporta  ses  premières  déceptions  ;  car,
derrière  les  Grecs,  il  rencontra  l’Europe,  moins  facile  à
dominer.  Singulier  spectacle,  que  l’Europe,  qui  au  moyen
âge  plein  de  foi  ne  sut  pas  s’unir  pour  empêcher  la  conquête
ottomane,  se  soit  parfois  unie  en  ce  siècle  pour  hâter  le
démembrement  de  l’empire  turc  !
A  la  première  nouvelle  du  soulèvement  des  Grecs,  l’Occident ­
  s’était  ému.  De  bonne  heure,  en  France  notamment,^
les  libéraux,  qui  y  virent  une  occasion  de  lutter  pour  lesidées
  révolutionnaires,  formèrent  des  comités  philhellènes  ;
puis  les  catholiques  et  les  ultra-royalistes  participèrent  à  ce
mouvement,  par  une  sorte  de  renaissance  de  l’esprit  des
croisades.  Tous  étaient  aussi  inspirés  par  leurs  souvenirs^
classiques,  par  leur  sympathie  naturelle  pour  Athènes,  pour
la  Grèce  d’Homère,  de  Sophocle  et  de  Démosthène.  D’illustres ­
  volontaires  partirent  à  la  défense  de  cette  sainte  cause  :
l’ancien  ministre  piémontais  Santa-Rosa,  le  colonel  français
’‘^abvier,  lord  Byron,  qui  y  donna  une  partie  de  sa  fortune
et  qui  mourut  à  Missolonghi  en  1824.  Des  appels  de  fonds
furent  organisés  par  des  concerts,  des  loteries,  des  quêtes  ;
les  dons  privés  fournirent  des  sommes  importantes.  D’habiles ­
  spéculateurs  y  virent  aussi  une  bonne  affaire,  comme
ces  banquiers  de  Londres  qui  couvrirent  l’emprunt  de
27  millions  émis  par  le  gouvernement  grec  insurrectionnel,
qui  sur  ce  total  retinrent  d’avance  5  millions  pour  le  service
de  l’intérêt,  500.000  francs  pour  l’amortissement,  et  livrèrent ­
  le  reste  en  nature,  vieux  fusils,  vieux  canons,  vieux
bateaux,  à  la  façon  d’Harpagon.
Ces  mesures  n’étaient  pas  suffisantes  à  sauver  la  Grèce,
si  sa  cause  n’avait  pas  été  prise  en  mains  par  quelqu’un  de&
puissants  du  jour.  Le  tsar  Alexandre,  mort  en  décembre
1825,  eut  pour  successeur  son  frère  Nicolas  I®'.  C’était  un
tout  autre  tempérament,  un  caractère  énergique  et  hardi,
un  esprit  même  aventureux,  passionné  pour  la  gloire  et  sûr
que,  pour  un  tsar,  la  gloire  est  «  sur  le  chemin  de  Byzance
D’un  tel  homme,  la  Porte  avait  tout  à  craindre,  d’autant
mieux  que  les  clauses  du  traité  de  Bucharest,  incomplètement ­
  exécutées,  lui  offraient  un  commode  moyen  d’intervention, ­
  et  que  le  sultan,  parle  massacre  des  Janissaires,  avait
peu  de  moyens  de  défense.
            
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