Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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MAHMOUD ET MÉHÊMBT. 
maître des manufactures, le seul agriculteur, le seul indus 
triel, par suite le seul commerçant. Il fut d’un coup extrê 
mement riche, et trouva dans cette fortune énorme le 
moyen de s’enrichir davantage et de développer ses 
desseins ambitieux. 
Il est incontestable d’ailleurs qu’il administra habilement 
ce bien mal acquis. Il tira l’agriculture de l’ignorance où 
elle végétait depuis des siècles ; il introduisit dans la vallée 
du Nil des cultures nouvelles, rapidement fructueuses, 
celles du coton, du mûrier, de l’olivier, de la canne à sucre. 
Il fonda un grand nombre de fabriques. Il envoya des 
jeunes gens en Europe pour s’instruire des arts et des 
sciences de l’Occident. Il institua une école de médecine, 
un conseil de santé, qui furent dirigés par un Français, le 
docteur Clot-bey. 
Il éleva la plus belle mosquée du Caire, qui porte son 
nom et renferme son tombeau : comme les Pharaons cons 
tructeurs de Pyramides, il abritait luxueusement sa 
dépouille mortelle. Il refit la prospérité d’Alexandrie, alors 
misérable bourgade de 6.000 habitants, inférieure à 
Rosette. 11 comprit qu’Alexandrie est un port mieux placé, 
loin des alluvions du Nil. Il voulut y amener de l’eau 
potable et construisit le canal Mahmoudieh ; dans ces 
travaux, au milieu des déserts brûlants qui séparent 
Alexandrie du Nil et où les Français de Bonaparte avaient 
tant souffert, des milliers de fellahs moururent de la fièvre 
et de la dysenterie. Qu’importe ? Les vies humaines ne 
comptent pas pour les Pharaons du Nil. Le canal part 
d’Afteh sur la branche de Rosette, longe le lac Mariout, 
traverse Alexandrie et aboutit à la mer : il est long de 78 
kilomètres, large de 30 mètres ; sur ses bords des arbres 
ont été plantés, ont fait une magnifique promenade où s’ali 
gnent, sous le plus beau ciel, fabriques, jardins et villas. 
Le pacha étendit de même très ingénieusement le système 
de la canalisation du Delta et du Fayoum. Il fit bien valoir 
sa terre. 
Il consacra surtout ses soins à ses forces militaires, 
nécessaires à la réalisation de ses grands desseins. Ayant 
la toute-puissance, il eut tôt fait de recruter ses armées et 
ses flottes. En mai 1826, il a besoin de 12.000 soldats: il 
ordonne à ses gouverneurs de lever tous les hommes 
propres au service et de les diriger sur le camp d’El Kan- 
qab : les gouverneurs font du zèle; ils envoient au maître
	        
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