LES INSURRECTIONS.
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Après quelques pénibles séances, elle aboutit à un pro
gramme pourtant très net : elle demandait quelques agran- '
dissements de territoires pour la Serbie et le Monténégro,
une administration autonome pour la Bosnie et l’Herzé-
govine avec un gouverneur nommé pour cinq ans par le
sultan d’accord avec les puissances, un régime analogue
pour la partie de la Bulgarie située au nord des Balkans, et,
pour le reste de ce pays, des institutions régulières desti
nées à garantir les populations de tout arbitraire. Ces pro
vinces devaient être occupées par des troupes belges jus
qu’à l’accomplissement de la réforme, qui serait contrôlée
par une commission internationale.
Le jour même où les intentions des puissances furent
notifiées à la Porte, Midhat-pacha, qui venait d’être élevé
au grand-vizirat, promulgua solennellement la constitution
annoncée en octobre. Des salves d’artillerie en saluèrent la
proclamation et annoncèrent au monde ce grand événement
qui « inscrivait dans les fastes de l’Empire ottoman une date
ineffaçable » : ce sont les expressions de la circulaire
adressée à cette occasion par le ministre des affaires étran
gères aux représentants de la Porte auprès des cabinets
européens. Il y affirmait que les institutions nouvelles
allaient « fonder à jamais le règne de la liberté, de la justice
et de l’égalité, c’est-à-dire le triomphe de la civilisation ».
Il ajoutait que la constitution n’était pas une promesse,
mais « un acte réel et formel devenu la propriété de tous
les Ottomans, par la volonté de Sa Majesté le Sultan ».
Cette fameuse constitution du 24 décembre 1876 établis
sait un Conseil de ministres responsables, une Assemblée
Générale composée de deux Chambres, un Sénat nommé
par le gouvernement et une Chambre de Députés élus par
tous les habitants de l’Empire ; elle garantissait la liberté
de la presse et des réunions, instituait l’inamovibilité de la
magistrature et l’enseignement primaire obligatoire. Vaut-
elle la peine d’une étude approfondie, d’une attention inté
ressée? L’application qu’elle reçut permet de répondre non.
Notons seulement qu’elle maintenait l’Islam comme religion
de l’État, que les élections à la Chambre, comme aux conseils
des vilayets, restaient soumises à l’arbitraire des pachas,
que le Sénat nommé par le gouvernement serait presque
exclusivement composé de musulmans et que l’Europe eût
été bien naïve à attribuer à cet acte toute la vertu que la
Porte prétendait en espérer.