262 EN EUROPE. — ARMÉNIE. - CRETE. — MACÉDOINE.
demande à Paris un navire de guerre pour garantir la sécu
rité de ses nationaux. On lui envoie le Cosmao, puis le
Neptune. L’Italie est bientôt représentée aussi dans la baie
de la Sude, près de La Canée, par le cuirassé Piemonte ;
d’autres navires européens arrivent de semaine en semaine
dans les eaux crétoises.
La guerre entre musulmans et chrétiens gagne l’île tout
entière : si les premiers se concentrent dans les villes, dont
le séjour devient impossible à leurs ennemis, les autres se
retirent en armes dans les montagnes où ils restent les
maîtres et où s’organisent les comités insurrectionnels de
VEpitropie ; leurs principaux centres sont ceux de Sfakkia,
de Saint-Basile et d’Apokorona au-dessus de La Canée. Le
gouvernement ottoman envoie des troupes contre eux :
elles sont battues dans la montagne de Sfakkia, en novem
bre ; dans une nouvelle rencontre, en décembre, elles per
dent encore 15 hommes tués, dont 2 officiers. La garnison
turque de Vamos est bloquée et ne sera que très pénible
ment délivrée le 30 mai suivant. Si donc les musulmans
l’emportaient dans la plupart des villes, les chrétiens
triomphaient dans tout le reste de l ile.
Ces événements excitèrent bientôt une vive émotion à
Athènes. Toujours la Grèce et la Crète ont éprouvé les
mêmes sentiments, ayant passé par les mêmes soufirances,
et se sont unies dans la haine du Turc. Jamais rien de ce
qui est Crétois ne fut étranger à la Grèce. Les hétairies, les
comités patriotiques qui s’inspirent de la Grande-Idée
envoyèrent de bonne heure en Crète des souscriptions, des
armes, des volontaires dont la plupart débarquèrent à
Kissamo. Le journal Palingenesia écrivait en décembre :
« Le printemps prochain pourrait ramener en Crète autre
chose que des hirondelles ». Et le roi Georges, pressé par
l’opinion publique qui suivait avec passion les événements
de a l’île-sœur », disait au ministre de France à Athènes,
M. Bourée : « Vous savez que les Turcs envoient cinq batail
lons en Crète ; si les choses prennent cette tournure, je
vous déclare que jene pourrai plus répondre de rien ici et
que les événements suivront leur cours »’. En effet, le
sultan envoyait en Crète des renforts, la Grèce des volon
taires ; l’île allait devenir le champ de bataille des Grecs et
des Turcs ; ce pouvait être le signal d’une levée de bou-
1. Livre Jaune, I, n* 26, Bourée à Berthelot, 21 décembre 1895.