Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES AFFAIRES DE CRÊTE. 
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cliers dans tous les pays helléniques, notamment dans la 
Macédoine ; il en pouvait résulter les complications les plus 
graves dans tout l’Orient*. 
L’Europe intervint. A. la suite d’une démarche des ambas 
sadeurs à Constantinople, le vali de Crète reçut l’ordre de 
convoquer immédiatement l’Assemblée générale ; mais les 
chemins étaient si peu sûrs, les députés chrétiens si méfiants 
et quelques-uns si mal disposés qu’il se passa encore 
quelque temps avant qu’elle ne tînt séance. Puis, sur la pro 
position du gouvernement russe, les puissances présentèrent 
à la Porte la note collective du 24 juin: elles demandèrent 
la nomination d’un gouverneur-général chrétien, la remise 
en vigueur du pacte de Halepa, et une amnistie générale. 
Le sultan donna les meilleures paroles ; le vali adressa 
aux populations de l’île une proclamation, où il invita les 
insurgés à se soumettre et à se confier en la bienveillance 
du souverain. Puis Turkhan-pacha fut remplacé par un 
chrétien, Georgis Berovitch-pacha, prince de Samos (28 juin 
1896) : un iradé du 4 juillet promit le retour à la conven 
tion de Halepa et une amnistie. 
Mais la situation était sans issue : toute concession faite 
aux musulmans irritait les chrétiens, toute concession faite 
aux chrétiens irritait les musulmans. Berovitch fut aussi 
impuissant que Karatheodory ; ses officiers musulmans lui 
laissèrent tout ignorer; ses fonctionnaires prirent leurs 
instructions auprès du commandant militaire, un musulman 
naturellement, le maréchal Abdullah-pacha. Des mouve 
ments de troupes ordonnés par ce dernier parurent suspects 
aux consuls européens qui tentèrent en vain de s’y opposer. 
Les Turcs attaquèrent les hauteurs de l’Apokorona qu’oc 
cupaient les insurgés ; ils se firent battre. Les musulmans 
prirent partout une attitude des plus menaçantes ; ils se 
jetèrent un jour sur le village d’Anapolis, y tuèrent 13 moi 
nes, 13 femmes, 2 enfants, 24 hommes, en blessèrent beau 
coup d’autres, brûlèrent toutes les maisons. Les députés 
musulmans de l’Assemblée protestèrent contre le rétablis 
sement de la convention de Halepa, qui les livrait aux 
volontés des chrétiens plus nombreux ; iis voulaient qu’on 
assurât le respect des droits de la minorité, « sacrifiée aux 
réclamations outrées et radicales de la majorité »*. 
1. Livre Jaune, I, n* 113, Cambon à Hanotaux, 7 juin 1896. 
2. Livre Jaune, 1, n* 213, 30 juin 1896.
	        
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