Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

270 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE. 
est poussé par l’opinion, par la presse; s’il y résiste, il 
risque de perdre son trône ; il risque moins à résister à l’ac 
tion des puissances. 
A la nouvelle du blocus de la Crète, du débarquement des 
troupes internationales à La Ganée et dans les autres ports, 
du refus de l’Europe de laisser les Grecs dans l ile, la colère, 
faite surtout de déception, éclate à Athènes en violents 
tumultes. Puisqu’on ne peut se battre avec les Turcs en 
Crète, on se battra en Macédoine; l’Europe ne pourra 
l’empêcher ; on passera la frontière, on soulèvera cette pro 
vince, on fera quand même la grande croisade. On envoie 
aussitôt des vaisseaux devant Preveza, dans le golfe d’Arta, 
pour susciter l’insurrection de l’Épire, à Volo pour ravi 
tailler les troupes de Thessalie. Le prince Constantin, fils 
aîné du roi, un nom prédestiné, est mis à la tête de l’armée 
de la frontière. Des bandes déjà entrent dans le pays 
ennemi. 
Les Turcs se défendent. Le maréchal Edhem-pacha com 
mande 150.000 hommes en face de la petite armée grecque. 
Dans tout l’empire ottoman, le fanatisme de l’Islam se 
réveille, surexcité par l’autonomie de la Crète, par les arme 
ments des Grecs. L’Asie mineure est de nouveau troublée. 
Le 20 mars, 89 Arméniens sont tués à Tokat, 37 autres dans 
les villages voisins. Les Turcs, de complicité avec le gou 
verneur, semblent n’attendre qu’un signal pour recom 
mencer les massacres. Le 26 mars, une mosquée de Scutari 
est profanée pendant la nuit par des chrétiens : ils y égor 
gent un porc et le suspendent au-dessus du Mihrab, lieu 
consacré à la prière : avec son sang, ils couvrent les murs 
de croix ; ils laissent la tête de l’animal, coiffée d’un turban, 
au milieu du temple. Au matin, les Musulmans furieux se 
jettent sur le quartier chrétien, tuent le gardien du cime 
tière catholique, y pénètrent et brisent les croix. Le vali 
réussit, avec des troupes, à empêcher un conflit qui pou 
vait avoir les suites les plus terribles. D’Adana, d’Angora, 
de Césarée, les consuls annoncent une agitation générale de 
la population musulmane et prévoient de grands malheurs. 
Les ambassadeurs des puissances font auprès de la Porte 
une démarche solennelle, appellent son attention sur la 
gravité des évènements, et lui laissent entendre que de 
nouveaux désordres auraient pour l’empire ottoman de 
désastreuses conséquences. l’émotion se calme, l’ordre se 
rétablit.
	        
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