280 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
sur la route de Belgrade à Constantinople, de Bucharest à
Salonique, occupe une situation géographique et politique
tout à fait exceptionnelle.
Depuis sa fondation en 1878, sous le gouvernement du
prince de Battenberg ou de Ferdinand de Saxe-Cobourg,
la Bulgarie a fait des progrès considérables ; elle a cultivé
son sol, exploité les mines de fer du Balkan, constitué
une armée solide, créé de toutes pièces une petite marine
de guerre, bâti des forts sur la mer Noire, des forteresses
et des écoles, préparé courageusement son avenir.
La propagande bulgare, puissamment soutenue par le
gouvernement de Sofia, s’est étendue, patiente et auda
cieuse, sur tout le terrain de la Grande-Bulgarie. D’une
part, elle descendit au Vardar contre les Serbes; en 1872,
le sultan avait refusé l’installation d’évêques bulgares à
Uskub, Vélès, Okhrida; mais en 1890, le gouvernement du
prince Ferdinand obtint la constitution d’évêchés à Uskub,
Vélès, Ischtip, Presba, Prilip, Okhrida. C’était le chemin
de Salonique barré aux Serbes.
D’autre part, l’influence bulgare descendit à FArchipel,
contre les Grecs. Elle y tendit le long de la Mesta, au-des
sus de Cavala, elle rappela le souvenir de Philippe de
Macédoine arrivant à la côte par-dessus les colonies
grecques. Elle profita naturellement des défaites grecques
de 1897 : trois évêchés bulgares furent alors fondés à Mel
nik, Stroumitza et Koukouch. Salonique était directement
menacée.
Mais Salonique, où il n’y avait plus que quelques fonc
tionnaires turcs, n’était pas grecque : les Grecs n’y exer
çaient guère que les métiers inférieurs ; elle n’était pas
serbe : les Serbes n’y étaient que quelques centaines ; elle
n’était pas davantage bulgare ; elle était, elle est juive ;
elle est peuplée en grande majorité de Juifs, chassés autre
fois d’Espagne et de langue espagnole, et le français est
aujourd’hui la langue la plus répandue à Salonique, et les
principales écoles y sont des écoles françaises.
Belles matières à dissertations et à convoitises rivales !
Et c’est pourquoi, depuis la guerre des Balkans, depuis
trente-cinq ans, la péninsule des Balkans n’a pas cessé
d’être extrêmement troublée, et surtout en Macédoine ;
d’une façon quasi régulière et devenue en quelque sorte
normale, des bandes grecques, serbes, bulgares, sans par-