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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES.
pienne avec une rapidité inouïe. 11 inquiéta bientôt le gou
vernement, excité d’ailleurs par le haut clergé. Les Labys
se révoltèrent dans le Mazandéran ; ils furent écrasés ; beau
coup furent massacrés. Le Bab fut enlevé de sa maison de
Chiraz et traduit devant un conseil de lettrés et de mollahs.
11 fut condamné à mort ; on le pendit par les aisselles le long
d’un mur à deux mètres du sol, en face d’une compagnie de
soldats chargés de le fusiller. A la première décharge, il ne
fut pas atteint, et, sa corde coupée par les balles, il retomba
sur ses pieds et s’enfuit ; la foule crut à un miracle et poussa
un « rugissement d’admiration » ; mais le prophète fut
atteint à quelques pas par un officier qui l’abattit avec son
sabre(1852).
Le babisme a survécu à la mort de son fondateur et a
trouvé d’autres chefs. La même année, Nasr-ed-din faillit
être tué par eux ; en 1896, il est tombé sous leurs coups.
Car la foi nouvelle, fortifiée par le sang des martyrs comme
il arrive toujours, s’est propagée quand même dans le
silence et le recueillement; elle compte des milliers de
fidèles, très fervents, prêts à tout, à sacrifier sang et argent
à la cause de la vérité. « Si la Perse peut encore être régé
nérée, c’est par là qu’elle lesera Et cette régénération
serait encore un triomphe de la race aryenne.
Jusqu’aujourd’hui cependant, les héritiers du Bab ne sont
qu’une secte révolutionnaire, et la Perse, comme l’Afgha
nistan, comme la Turquie, est une proie offerte à l’influence
politique de l’étranger.
II. — L’Angleterre et la Russie en Asie.
Les premières approches.
Les héritiers de l’Islam étaient tout prêts et y tendaient
leurs efforts dès le commencement du siècle. L’Angleterre,
maîtresse de l’Inde, y développait sa puissance en toute
sécurité : inquiétée pendant vingt ans par l’ambitiou de
Napoléon qu’emportaient vers l’Orient les rêves d’une ima
gination en apparence désordonnée, elle était pour long
temps à l’abri des entreprises européennes et pouvait tra
vailler dans l’isolement à consolider son empire, tout en
1. J. Darmesteter.