LES [RI'MIERES approches.
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surveillant les routes d’accès. La grande compagnie, qui en
gérait toujours les affaires, allait en tirer les plus énormes
profits, sans se préoccuper des intérêts des indigènes, com
promettant l’avenir par son avidité mercantile.
La Russie était encore loin ; mais elle allait s’approcher.
Elle avait grandi vers l’Europe au xviii® siècle ; mais elle y
avait rencontré des obstacles que le xix® siècle lui montra
infranchissables. Et, à mesure qu’elle comprit mieux la
difficulté, l’impossibilité peut-être de les renverser, elle
reporta une activité plus continue vers l’Orient, où Napo
léon lui avait montré en un éblouissant mirage d’incom
parables destinées. Depuis longtemps aussi, comme tous les
conquérants asiatiques, elle enviait les richesses de l’Inde,
dont elle voulait sa part; plus encore, elle avait besoin pour
ses propres richesses de débouchés sur les mers libres ;
elle sentait l’absolue nécessité de briser les barrières qui
l’enfermaient et l’étouffaient, et elle était entraînée par une
gigantesque poussée intérieure vers l’est et vers le sud,
comme un torrent sans cesse gonflé qui, contenu sur un
point par des digues, porte ailleurs ses eaux irrésistibles
A l’Angleterre le rôle laborieux et ingrat de l’arrêter.
h'East India Company était maîtresse en 1815 du Ben
gale, de la moitié du royaume d’Oude, du pays de Mysore,
de la magnifique île de Ceylan enlevée aux Hollandais. Elle
venait de détruire la puissante confédération des Mahrattes,
qui occupait toute la largeur de la péninsule du golfe de
Bengale à la mer d’Oman et séparait Calcutta de Bombay
et de Madras. Le marquis d’IIastings annexa la plupart de
leurs territoires et soumit leurs princes au protectorat bri
tannique. Il rejeta aussi dans le Nepaul, au pied de l’Hima-
laya, les belliqueuses tribus des Gourkhas, leur imposa le
traité de Segauli, le 3 mai 1815, et, par la prise de Simla à
l’ouest, par l’établissement de la domination anglaise dans
le Sikhim à l’est, entre le Nepaul et le Boutan, les tint sous
une étroite surveillance.
Toute l’Inde péninsulaire était ainsi dominée, sinon entiè
rement soumise et exploitée. Victorieuse de la France,
chargée, à la faveur de ces victoires, des dépouilles des na
tions que Napoléon avait gouvernées, l’Angleterre pouvait
agir en toute liberté dans l’Océan Indien et exerçait le mo
nopole du commerce de l'Orient. Dès 1826, elle attaquait,
à l’est de Calcutta, l’empire Birman, et lord Amherst, par
le traité de Yandabou, le 24 février 1826, lui enlevait une