Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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EN  ASIE.  —  ANGLAIS  ET  RUSSES.

travers  les  steppes  obligèrent  la  plupart  des  tribus  des  Kirghiz ­
  à  la  soumission  ou  à  la  retraite  vers  le  sud  (1838-1844).
Le  général  Pérovski  fut  même  chargé  d'une  expédition  contre
Khiva,  avec  5.000  hommes,  10,000  chameaux  pour  les  vivres, ­
  et  2.000  Kirghiz  pour  diriger  les  convois.  Un  hiver
extraordinaire  déjoua  toutes  les  précautions  prises.  Le  thermomètre ­
  descendit  au-dessous  de  30°  ;  le  vin,  l’eau-de-vie
furent  bientôt  gelés  ;  les  chameaux  périrent  en  masse  ;  un
grand  nombre  de  Cosaques  furent  ensevelis  sous  les  neiges.
Le  général  Pérovski  battit  en  retraite,  ramenant  à  Orenbourg
à  peine  le  tiers  de  sa  petite  armée  (1841).  Le  khan  de  Khiva
fut  plus  insolent  que  jamais.  Le  gouvernement  ne  put  qu’achever ­
  les  forteresses  d’Orenbourg,  Orsk,  Tourgaï,  Irgliz,
et  construire  le  fort  Aralsk  sur  la  mer  d’Aral,  près  de  l’embouchure ­
  du  Syr-Daria.
Au  sud  du  Caucase,  on  sait  que  le  roi  de  Tiflis,  Georges ­
  XIII,  pressé  à  l’est  et  à  l’ouest  par  les  Musulmans,  avait
légué  son  royaume  au  tsar  Paul.  Il  en  était  résulté  une
série  de  guerres  entre  la  Russie  et  la  Perse.  Celle-ci  fut
vaincue  surtout  par  Paskiévitch  Erivanski  et  dut  signer  les
traités  de  Gulistan  (1813)  et  de  Tourkmantchaï  (1828).
Elle  céda  définitivement  le  Daghestan  avec  Derbent,  le  Chirwan
  avec  Bakou,  Erivan  et  les  pentes  septentrionales  de
l’Ararat;  elle  abandonna  à  la  Russie  le  monopole  de  la  navigation ­
  sur  la  mer  Caspienne,  qui  devint  comme  un  lac
russe.
Ce  qui  est  plus  grave,  dès  lors  la  Perse  cesse  de  lutter  contre
la  Russie;  elle  est  absorbée  dans  sa  spère  d’influence.  Depuis ­
  le  traité  de  Tourkmantchaï,  écrit  M.  James  Darmesteter,
«  l’ambassadeur  du  tsar  à  Téhéran  joue  le  rôle  d’un  résident
anglais  chez  un  rajah  de  l’Inde  ‘  ».  C'est  à  l’instigation  de
la  Russie  et  avec  des  officiers  russes  qu’en  1837,  le  shah
Mohammed  assiégea  Hérat  ;  les  Anglais  ne  l’obligèrent  à  la
retraite  qu’en  occupant  Bender-Bouchir  sur  le  golfe  Persique.
  C’est  encore  pour  le  compte  de  la  Russie  que  Nasred-din,
  en  1855,  reparut  devant  Hérat  et  s’en  empara  :  les
Anglais  bombardèrent  Bender-Bouchir  et  Bender-Abbas
pour  le  forcer  à  restituer  la  ville  aux  Afghans.  Les  Russes
ainsi  escaladaient  le  plateau  de  l’Iran  à  sa  pointe  occidentale, ­
  comme  ils  en  recherchaient  les  approches  à  travers
le  Turkestan.

i.  Coup  d’œil  sur  Vhistoîre  de  la  Perse,  p.  59.
            
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