Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LE  GRAND  EFFORT  DES  RUSSES.

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58  canons.  Elle  était  peuplée  de  30.000  habitants,  défendue
par  7.000  hommes,  sous  le  commandement  du  plus  fameux
chef  turcoman,  Tokma-Sadar.  Skobelef  entoura  la  ville  de
tranchées,  malgré  les  furieuses  sorties  des  assiégés  pour  s’y
opposer.  Quand  ce  fut  achevé,  l’assaut  fut  fixé  au  12  janvier ­
  (1881).  Le  canon  russe  ouvrit  dans  les  murs  en  terre
glaise  de  la  forteresse  de  larges  et  profondes  brèches  ;
Skobelef  y  jeta  ses  soldats  au  milieu  des  Tekkés  effrayés  de
la  destruction  de  leurs  lignes  défensives  ;  après  une  terrible
lutte  à  l’arme  blanche,  les  Cosaques  l’emportèrent,  poursuivant ­
  les  vaincus  et  les  sabrant  sans  pitié.  Le  soir,  ils
ramassèrent  6.000  cadavres.
Le  retentissement  de  cette  victoire  fut  énorme.  Toute
résistance  en  fut  abattue  parmi  les  tribus  turcomanes.  Les
chefs  de  villages  et  Tokma-Sadar  lui-même  vinrent  jurer
fidélité  au  quartier-général.
Les  résultats  ne  se  firent  pas  attendre.  Le  docteur  Lessar
explora  les  montagnes  voisines,  y  détermina  la  route  de
Saraks  à  Hérat  par  la  passe  de  Zulfikar,  étudia  le  tracé  de
deux  anciens  bras  de  l’Amou-Daria  vers  la  mer  Caspienne.
Le  gouvernement  russe  signa  avec  la  Perse,  en  1882,  une
convention  par  laquelle  elle  lui  abandonnait  ses  droits  à  la
suzeraineté  sur  Merv.  Merv  est  une  des  plus  anciennes  cités
de  l’Asie  centrale,  un  sanctuaire  vénéré  chez  les  musulmans ­
  ;  elle  est  dans  une  situation  géographique  importante, ­
  sur  le  Mourg-ab,  qui  vient  des  hauteurs  de  l’Afghanistan, ­
  à  peu  de  distance  du  Héri-roud,  la  rivière  de  Hérat.
Au  milieu  d’une  oasis  fertile,  elle  a  été  appelée,  avec  exagération ­
  sans  doute,  le  grenier  de  l’Asie  centrale.  Les  conquérants ­
  mongols  y  voyaient  la  clef  de  l’Inde.  Toutes  raisons
suffisantes  pour  expliquer  l’ambition  des  Russes  à  son  sujet.
Skobelef  y  envoya,  déguisé  en  Turcoman,  l’un  de  ses
officiers,  le  major  Alikhanof,  pour  en  étudier  les  défenses.
Mais  il  n’eut  pas  la  gloire  de  cette  conquête,  et  mourut  en
juillet  1882.  Son  successeur,  le  général  Komarof,  ayant  à
se  plaindre  de  quelques  pillages  des  cavaliers  de  Merv,  y
renvoya  Alikhanof  porteur  d’un  ultimatum  exigeant  la  soumission ­
  immédiate  de  la  ville.  Les  habitants,  effrayés  par
les  menaces  de  l’officier  russe  qui  annonçait  l’arrivée  d’une
grande  armée,  désignèrent  des  députés  pour  porter  à
Komarof  leur  soumission.  Il  y  fit  son  entrée  sans  difficulté
quelques  jours  après  —  février  1884.  —  Au  mois  d’avril,
suivant,  ce  fut  le  tour  de  Saraks,  sur  la  route  de  Hérat.
E.  Driaült.  —  Question  d’Orient.  2i
            
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