Object: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

350 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER. 
n’étaient pas très redoutables aux marchands d’esclaves, 
dont parfois ils partagèrent les bénéfices et encouragèrent 
les opérations. Cependant, par leurs relations avec les puis 
sances européennes, par la présence des officiers anglais au 
service du khédive, ils étaient obligés à quelque réserve, et 
proclamaient de temps en temps avec solennité l’interdic 
tion de la traite des nègres. Les marchands arabes n'étaient 
pas sans inquiétude. 
Ce fut bien autre chose, lorsque l’Égypte tomba, à partir 
de 1879, sous le contrôle anglo-français, et surtout, en 1882, 
sous la domination anglaise. Les chasseurs d’esclaves se 
sentirent menacés dans leurs intérêts, et les musulmans 
fanatiques dans leurs croyances religieuses. La propagande 
des derviches des corporations devint plus ardente, leurs 
prédications plus pressantes. Tout le Sahara et le Soudan en 
furent agités, d’autant mieux que les Turcs venaient d’être 
battus par les Russes et avaient failli perdre Constantinople. 
C’est à ce moment que le colonel français Flatters, explo 
rant le centre du Sahara, y fut assassiné par les Touaregs 
Hoggar, que l’Algérie méridionale fut troublée par l’insur 
rection de Bou-Amama chez les Oulad-sidi-cheikh. Ce fut 
alors comme une prise d’armes de l’Islam tout entier. 
Depuis 1868, les Bagaras, marchands de chair humaine 
dans le Darfour, vénéraient comme le « Maître de l’heure » 
un khouan nubien de Dongolah, Mohammed-Ahmed, ins 
truit par les derviches de Khartoum et de Berber, affilié à la 
confrérie des Senoûsiya. Pendant douze ans, il mena une 
vie solitaire dans un îlot du Nil, l’îlot d’Abba ; retiré dans 
une grotte au milieu des rochers, il s’y adonnait à une dévo 
tion outrée, prières, jeûnes, abstinences, vivait d’aumônes, 
parlait peu et par sentences, passait ses jours et ses nuits à 
pleurer sur la corruption et les péchés des hommes. Sa 
réputation de sainteté s’étendait d’Assouan à Khartoum. 
En 1881, les Bagaras députèrent à Mohammed des 
envoyés extraordinaires. Ils lui offrirent le commandement 
de l’armée de l’Islam pour la guerre contre les infidèles. Il 
répondit qu’il avait fait le vœu de vivre loin des agitations 
du monde, « à moins que Dieu n’en ordonnât autrement ». 
— « Mais c’est Dieu qui le veut ! reprirent les députés. Tu 
es celui que Dieu a choisi ; Sidi-es-Senoûsi le sait ; Dieu le 
lui a révélé : il t’a déclaré Mahdi. Tu ne dois pas te sous 
traire aux desseins de Dieu ! » 
Sortant alors de sa grotte, le Mahdi s’arma d’un grand
	        
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