Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES. 
Pareillement, l’Angleterre a cessé d’exercer sur l’Extrême- 
Orient le monopole commercial et politique dont elle tira 
jadis tant de profits. Elle y fit la loi ; il arrive aujourd’hui 
qu’elle soit obligée d’y laisser à d’autres le premier rang. A 
cet égard, la récente guerre entre la Chine et le Japon est 
Instructive. Le Japon, ouvert, depuis sa révolution de 1868, 
à tous les progrès européens, non pas par sympathie pour 
l’Europe, mais pour se défendre contre elle avec ses pro 
pres armes, devenu aussi très ambitieux en prenant cons 
cience de sa force, disputa à la Chine la possession de la 
Corée. Il remporta sur elle d’éclatantes victoires, à Ping- 
Yang, sur le Yalou (juillet-septembre 1894) ; l’armée japo 
naise menaça Moukden, capitale de la Mandchourie. La 
flotte prit Port-Arthur et Weï-haï-weï (novembre 1894 — 
février 1895), fermant ainsi le golfe du Pe-tchi-li et mena 
çant d’affamer Péking. Les Chinois signèrent la paix de 
Simonosaki (16 avril 1895). La Corée fut praclamée indé 
pendante ; Formose, les îles Pescadores, et surtout la 
presqu’île de Port-Arthur qui commande le golfe du 
Pet-chi-li, étaient cédées au Japon. 
De cette façon, la Corée tombait réellement sous la dépen 
dance des Japonais, et la Chine était à leur merci. Allaient- 
t-ils transformer ce pays comme ils s’étaient transformés 
eux-mêmes, exploiter ses incalculables ressources, armer 
pour leur compte ses 500 millions d’habitants de tous les 
instruments de la civilisation, et ainsi dresser devant l’Eu 
rope le plus formidable danger qu’elle eût connue depuis 
les Mongols ? En un mot, le « péril jaune » était-il déjà 
imminent ? 
Les puissances européennes intervinrent. L’Angleterre 
pourtant s’y refusa, alléguant que les intérêts britanniques 
n’étaient pas atteints. Ce furent la France, la Russie et 
l’Allemagne qui invitèrent amicalement le Mikado du Japon 
à renoncer à Port-Arthur. Le Japon céda ; il ne garda que 
les Pescadores et Formose. La Chine, satisfaite de l’inter 
vention européenne, assura depuis des avantages particu 
liers à la France, réserva à des ingénieurs français la 
reconstruction de l’arsenal de Fou-Tcheou, détruit en 1884 
par l’amiral Courbet, la mise à l’étude des chemins de fer 
de l’empire. 
La Russie y gagna plus encore, et prit part à la 
a curée » chinoise déterminée bientôt après par la noli ti 
que allemande.
	        
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