LA SITUATION PRÉSENTE.
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En décembre 1897, deux missionnaires catholiques alle
mands furent massacrés dans le pays de Chan-Toung ; un
vaisseau allemand débarqua des marins dans la baie de
Kiao-Tcheou ; le gouvernement de Berlin exigea une
indemnité et obtint la cession à bail de ce point des côtes
chinoises, à l’entrée du golfe de Pe-tchi-li, et le droit d’ex
ploiter les houillères de la presqu’île de Chan-Toung. Le
gouvernement russe aussitôt fit occuper Port-Arthur et la
presqu’île de Liao-Toung, de l’autre côté du golfe de Pe-
tchi-li, et l’empereur de Chine lui reconnut des avantages
analogues et notamment le droit de faire aboutir là le che
min de fer transsibérien sous le nom de transmandchou-
rien. Les Anglais occupèrent dans des conditions sembla
bles Weï-haï-weï, dans les mêmes parages ; la France
occupa sur la côte méridionale de la Chine la baie de
Kouang-Tchéou-Ouan, en se réservant l’espérance de
s’établir ensuite dans l’île de Haï-nan.
Mais aussitôt les événements se précipitèrent avec une
rapidité imprévue. La Chine esquissa un mouvement de
révolte contre les « diables étrangers », et les Boxeurs
assiégèrent les Légations à Pékin. Il y fallut une interven
tion armée de l’Europe, où le Japon montra la discipline
et la belle organisation de ses troupes. Tout à coup, en
janvier 1902, le monde entier fut étonné en apprenant
l’alliance anglo-japonaise. Le Japon y trouva le moyen
d’immobiliser l’alliance franco-russe et d’isoler la Russie :
elle avait occupé la Mandchourie, sous prétexte d’assurer
la police du chemin de fer ; elle menaçait de prendre peu
à peu la Corée; elle en commençait déjà l’exploitation.
Le Japon, en juillet 1903, lui demanda de renoncer à
toute influence en Corée et de fixer la condition de la
Mandchourie. Elle se prêta mal à cette négociation, qui
fut rompue en février 1904. Ce fut la guerre de Mandchou
rie ; elle dura près de deux ans ; les Russes furent battus
partout, sur terre et sur mer, notamment à Moukden et
Tsou-shima; ils perdirent Port-Arthur, et, comme la
médiation des États-Unis s’offrait, ils consentirent à négo
cier.
La paix de Portsmouth, en septembre 1905, régla, sans
doute pour longtemps, la situation politique de l’Extrême-
Orient : la Russie renonça à Port-Arthur, à toute action
sur la Corée, et évacua la Mandchourie. Les victoires des
Japonais ont réveillé le monde jaune. La Chine sort de sa