Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LA  SITUATION  FRÍSENTE.  327
y  est  désormais  assurée  et  en  maintiendra  la  puissante
unité.
Cet  empire  a  des  richesses  abondantes,  dans  la  Caucasie,
dans  l’Altaï,  dans  l’Oural,  dans  le  bassin  du  Don;  elles  sont
aujourd’hui  en  pleine  exploitation,  et  il  leur  faut  des  débouchés; ­
  il  leur  faut  la  mer  :  c’est  pour  la  Russie  d’une  importance ­
  capitale.  Elle  l’a  cherchée  par  Constantinople;  elle
l’atteint  vers  la  Corée  ;  mais  la  Corée  et  la  mer  du  Japon
sont  bien  loin  du  centre  de  l’empire.  Elle  approche  par  le
Turkestan  de  l’océan  Indien,  l’un  des  grands  bassins  commerciaux ­
  du  monde  ;  le  Turkestan  devient  le  lieu  de  son
expansion  normale,  à  égale  distance  de  Moscou  et  d’Irkoutsk,
  de  la  mer  Baltique  et  de  la  mer  du  Japon,  de  la  mer
Noire  et  de  la  mer  d’Oman.  «  Il  serait  au  moins  singulier
que  la  Russie  eût  fait  la  conquête  du  Turkestan  uniquement ­
  pour  régner  sur  quelques  oasis  dont  l'occupation  coûte
23  millions  par  an‘  ».  Le  Turkestan  pour  elle  ne  peut  pas
être  un  but,  il  est  un  chemin,  vers  l’Inde,  vers  la  terre  promise. ­

Elle  a,  pour  appuyer  cette  politique  nationale,  mieux
encore,  vitale,  d’énormes  armées.  Elle  a,  à  côté  de  ses  régiments ­
  réguliers,  les  Cosaques,  les  cavaliers  turcomans.  Car,
par  le  prestige  de  sa  force,  de  son  activité  incessante,  de
ses  triomphes  depuis  50  ans,  elle  a  enrôlé  tous  les  contingents ­
  indigènes,  fiers  de  se  battre  sous  les  bannières  du
grand  tsar  blanc.  Grâce  à  un  gouvernement  à  la  fois  paternel ­
  et  ferme,  grâce  à  des  sympathies  anciennes,  à  une  égale
simplicité  de  mœurs  restées  encore  frustes  et  primitives,
vainqueurs  et  vaincus  se  sont  étroitement  mêlés.  La  soumission ­
  des  tribus  turcomanos  a  été  aussi  complète  que
leur  résistance  avait  été  héroïque  ;  elles  brûlent  de  reprendre ­
  sous  les  officiers  russes  les  grandes  chevauchées  d’autrefois. ­
  Il  ne  nous  appartient  pas  d’entrer  dans  des  détails
techniques  sur  la  comparaison  entre  les  armées  russe  et
anglaise,  entre  l’innombrable  et  belliqueuse  cavalerie  de
l’une,  l’état-major  plein  de  morgue  et  les  cipayes  résignés
de  l’autre.  Il  nous  paraît  simplement  qu’il  serait  plus  facile
aux  Russes  qu’aux  Anglais  de  masser  dans  l’Afghanistan
plusieurs  centaines  de  milliers  d’hommes.
C’est  d’ailleurs  dans  cette  vue  que  le  gouvernement  russe
jeté  à  travers  l’empire  des  voies  ferrées  qui  sont  parmi
1.  L.  de  Eeylié.  L’Indt  sera-t-elle  russe  ou  anglaise?  6.
            
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