338 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
illuminés inconscients de leur mission, ces voyageurs sont
partout et toujours bien accueillis par les fidèles et effica
cement protégés par eux contre les investigations soupçon
neuses des gouvernements réguliers Ils appellent au
désert de Libye les fidèles qui ne veulent plus vivre sous la
domination des chrétiens, et donnent naissance de temps
en temps à des exodes, en apparence inexplicables, des
nomades du Sahara. Ils profitent des moindres circonstan
ces pour réchauffer le zèle de leurs partisans ; car ils ont
une foi robuste dans les destinées de l’Islam par l’union des
bons musulmans, et dans le temps même où partout gran
dit la puissance des nations chrétiennes, ils rêvent les écla
tantes gloires de la conquête, proclament le prochain avène
ment du panislamisme, la défaite des infidèles, et la
soumission du monde entier aux lois de Mahomet. Ils sem
blent représenter ainsi le dernier effort de la résistance de
l’Islam à l’invasion de la civilisation européenne^.
IL — L'Égypte depuis 1850.
L’Égypte et la vallée du Nil furent le centre de cette his
toire nouvelle des relations des musulmans et des chrétiens ;
l’intérêt de ces régions est devenu considérable parce qu’elles
sont la grande route commerciale de l’ancien continent, et
l’un des endroits principaux du développement de l’influence
européenne en Afrique.
Méhémet-AIi était mort en 1848; son fils adoptif Ibrahim
ne lui survécut que quatre mois. Abbas-pacha, petit-fils de
Méhémet, régna ensuite six ans (1848-1854) et se montra
un fanatique musulman, hostile à toute intervention euro
péenne. Après lui. Mohammed Saïd-pacha (1854-1863)
renoua la tradition des relations avec la France. Il fut l’ami
de Ferdinand de Lesseps, et l’autorisa à commencer les tra
vaux du percement de l’isthme de Suez. Mais ce fut surtout
le règne de son neveu Ismaïl-pacha (1803-1879) qui mar
qua l’apogée de la dynastie de Méhémet-AIi et aussi le com
mencement de sa décadence.
L’Empire égyptien atteignit alors son plus grand déve-
1. H. de Castries, L’Islam, p. 221.
2. Duveyrier, La confrérie musulmane de Sidi-Mohammed-ben Ali-
Es-Senoûsî, et son domaine géographique. — D’Estournelle de Cons
tant, Les sociétés secrétes chez les Arabes.