L’EGYPTE DEPUIS 1850.
339
loppement et recouvrit presque tout le bassin du Nil, mar
quant d’avance la route où devaient plus tard s’engager les
explorations et les armes des Européens. Méhémet-Ali, en
1821, avait envoyé Ibrahim à la conquête de la Nubie; il
avait soumis rapidement Dongolah, Berber, Chendy, le Kor-
dofan, le Sennaar, pénétré dans la vallée du Nil blanc jus
qu’au confluent du Sobat, dans celle du Nil bleu jusqu’aux
frontières de l’Abyssinie, fondé en 1823, près du confluent
des deux fleuves, la grande forteresse de Khartoum. Pendant
encore trente années, la connaissance du Nil ne fut pas
poussée plus loin et ses sources restèrent secrètes.
Des officiers anglais de l’armée des Indes en entreprirent
la découverte par la côte de l’Océan Indien. En 1858, Speke
et Grant trouvèrent le lac Oukéréoué, qu’ils appelèrent
Victoria-nyanza, et pensèrent qu’il devait être le réservoir
originel des eaux du grand fleuve. En 1864, sir Samuel
Baker, parti de la Basse-Égypte, réussit à remonter jus
qu’au Louta-nzigué qu’il appela le lac Albert, et acheva
ainsi la solution du problème. Tout l’honneur en revient
donc aux Anglais.
Sir Samuel Baker se mit au service du pacha d’Égypte
Ismaïl, et, pour combattre la traite des noirs, l’encouragea
à prendre possession des terres nouvellement découvertes.
Il fut chargé lui-même de cette mission ; établi à la petite
forteresse de Fachoda, vers le confluent du Sobat, il créa
une ligne de stations commerciales, peu à peu occupées
par des garnisons égyptiennes, Chambi, Lado et Gondokoro,
Fatiko, et pénétra jusque dans l’Ouganda, entre les lacs
Albert et Victoria. Le colonel Gordon-pacha acheva après
lui l’organisation de la province de l’Équateur et porta ainsi
jusqu’aux sources du Nil la frontière de l’empire égyptien
(1871-1875).
Dans le même temps, Ismaïl annexait encore à son
domaine les pays de la rive gauche du Nil, dans la direc
tion du lac Tchad. Un aventurier, Ziher-Rahama, d’origine
allemande, parti vers l’ouest pour chercher fortune, s’y
tailla une sorte de souveraineté et prit le titre de sultan du
Uar Fertit. A la tête d’uns bande, il enleva à la tribu des
Bagaras le poste de Schegga, le principal entrepôt du eom-
Dierce des esclaves dans la région. Il attaqua Brahim, le
sultan du Dar Four, le battit et le tua à Monaouashi (octo
bre 1874), établit sa résidence à Torra. Derrière lui, une
armée régulière de 10.000 Égyptiens, commandée par