342 EN AFRIQUE. - LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
de Lesseps renouvela les inquiétudes que lui avait causées
Bonaparte. Longtemps elle protesta ; longtemps elle retarda
l’autorisation demandée au sultan ; jusqu'au bout, elle
espéra arrêter l’entreprise. Lord Palmerston devant le Par
lement déclara le projet « physiquement impraticable », et
ajouta qu’il fallait le mettre au rang de « ces pièges qui de
temps en temps sont tendus à la crédulité des capitalistes
gobe-mouches ». M. de Lesseps alla le remercier de la
bruyante réclame qu’il faisait à l’entreprise en s’en occu
pant de cette façon, et un député des Communes, M. Rœbuck,
rappelant plus tard ses compatriotes au bon sens, caracté
risa dans un énergique langage le rôle joué alors par son
gouvernement ; « Il s’agit de l’honneur et de l’intérêt de
l’Angleterre. Il me semble qu’on sera d’avis que l’honneur
de l’Angleterre a été sacrifié, que son grand nom a été
traîné dans la boue, et que nous nous sommes conduits
d’une manière égoïste et basse dans la question du canal de
Suez ».
L’œuvre cependant se poursuivait. Une Compagnie du
canal de Suez fut fondée ; elle obtint du pacha d’Égypte
Pacte de concession des terrains, le 5 janvier 1856. Une
souscription publique fut ouverte, en novembre 1858 ;
400.000 titres à 500 francs, dont 220.000 souscrits en
France, 176.000 par le pacha lui-même pour le trésor égyp
tien, donnèrent à la Compagnie les 200 millions néces
saires ; Mohammed-Saïd, puis Ismaïl mirent à sa disposition
20.000 soldats égyptiens pour activer les travaux, lui accor
dèrent toutes les facilités désirables, construisirent pour
leur compte les phares, les ports. Car il convient de pro
clamer que l’Égypte a contribué pour une très large part au
succès de l’entreprise.
Le premier coup de pioche fut donné le 25 avril 1859. La
première section du canal, de la Méditerranée au lac Tim-
sah, fut solennellement ouverte en présence de Saïd-pacha,
le 18 novembre 1862. Le 17 novembre 1869, eut lieu
l’inauguration définitive, en présence de l’impératrice des
Français, de l’empereur François-Joseph d’Autriche, du
prince royal Frédéric de Prusse, du prince et de la prin
cesse des Pays-Bas, du khédive Ismaïl et de l’émir Abd-el-
Kader : 130 navires, dont 50 vaisseaux de guerre, précédés
par le grand yacht français Y Aigle, portant tous les pavil
lons de l’Europe, firent sans encombre la traversée de Port-
Saïd à Suez, salués au passage par les hourrahs des Égyp