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BYZANCE ET STAMBOUL.
spahis (cavaliers) ; il prit Nicomédie, Nicée. Ce fut son fils
Souleïman qui, en 1356, s’empara de Gallipoli.
La conquête de la péninsule des Balkans fut rapide.
L’empire grec était impuissant, et les Etats chrétiens désu
nis, jaloux les uns des autres, livrés à l’anarchie depuis la
mort de Douchan le Grand. Mourad P’’, le fils d’Orkhan,
mit sa capitale à Andrinople (1360) ; il occupa ensuite
Philippopoli, Sofia, pénétrant ainsi déjà dans la vallée du
Danube. Il força l’empereur de Constantinople à lui payer
un tribut annuel.
Le centre stratégique de la péninsule des Balkans est
représenté par le plateau de Mésie ou de Kossovo, d’où des
cendent en tous sens la Morava serbe et la Morava bul
gare vers le nord, le Drin blanc vers l’Albanie et le Monte
negro, le Vardar et la Strouma vers l’Archipel. Les peuples
des Balkans s’unirent pour disputer cette position aux
Turcs. La bataille du 15 juin 1389 fut funeste aux Chré
tiens ; leurs principaux chefs furent pris, et un grand nom
bre périrent. Du moins l’honneur fut sauvé : un noble
serbe, Miloch, se jetant au milieu des Turcs, pénétra jus
qu’au sultan Mourad et le tua. Grâce à lui, les Serbes, à
travers les siècles, ont chanté comme un glorieux fait
d’armes la grande bataille du Champ des Merles de
Kossovo.
Elle n’empêcha pas la conquête ottomane de se poursui
vre. Bayézid ou Bajazet, le fils de Mourad, vainquit en
1396 à Nicopolis une armée des Croisés de l’Occident ; Jean
sans Peur, le fils du duc de Bourgogne, fut parmi ses
prisonniers : car la France était toujours le vaillant
soldat du Christ. Le sultan victorieux soumit aussitôt la
Bosnie, la Bulgarie, la Roumanie même, au sud la Grèce
et la Morée. Il se prépara à attaquer Constantinople.
Elle fut sauvée, pour un demi-siècle encore, non par sa
propre force, — elle semblait mûre pour la conquête, —
mais par une intervention asiatique.
Aussitôt après la mort du Tchinguiz-khan, son empire
s’était démembré ; l’élément chinois, dont il était en partie
formé, l’avait emporté; l’expansion du bouddhisme avait
achevé de l’enlever aux influences turques, et les chefs qui
en gouvernaient les diverses régions de plus en plus isolées
se rendirent indépendants. Ainsi en 1369, l’émir de Tran-
soxiane, Timour Kourikane, se proclama roi de ce pays à
Balkh et échappa à la souveraineté des Gengiskhanides. Il