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BYZANCE ET STAMBOUL.
quer cette effroyable politique, qu’on croirait voir renaître
à la fin du xix® siècle ; et l’empire ottoman resta formé de
deux couches de populations superposées et réfractaires.
Ce fut le vice essentiel de sa constitution.
Dans le temps même de Soliman, à l’autre extrémité di
cette Asie antérieure où évoluent en apparence si capri
cieusement les diverses phases de la question d’Orient,
se fondait dans l’Inde un autre empire musulman.
Djahir-ed-din Mohammed, surnommé Bâber ou le Tigre,
arrière-petit-fils de Timour, Turc par conséquent en dépit
de la qualification de Mongol qui lui est restée, était sultan
de Khokand. En 1497, il prit Samarkand, et, suivant les
traces de son aïeul, il envahit l’Inde par la voie historique
du Pendjab. Il remporta en 1526, l’année de la bataille de
Mohacs, la victoire de Panipat, en avant de Delhi; il entra
dans Agra, dispersa l’année suivante une grande coalition
des souverains hindous, et fonda, sur l’Indus et le Gange,
l’Empire des Grands Mongols. Son petit-fils Akbar (1566-
1605) en porta la frontière jusqu’aux premières pentes du
Dekkan et le consolida pour plus d’un siècle.
Dans le même temps encore, les Portugais apparaissaient
sur les côtes de l’Hindoustan ; Vasco de Gama y accomplit
son premier voyage en 1497. D’Alméïda fut le premier vice-
roi des Indes portugaises. D’Albuquerque voulut s’assurer
aussi les routes qui conduisent dans ce pays ; il en voulut
tenir l’entrée par la mer Rouge et le golfe Persique; il prit
Ormuzd, Socotora; il occupa Malacca et son détroit vers les
mers de Chine. Il établit sa capitale à Goa et y mourut en
1515. L’Océan Indien était comme un lac portugais.
Les Européens entraient ainsi en contact avec les puis
sances musulmanes de l’Asie. Il n’était pas réservé aux
Portugais d’y remporter des succès décisifs ; mais ils ouvraient
la voie à d’autres nations qui y furent plus heureuses. Déjà,
de la Méditerranée à l’Inde, les acteurs de l’histoire moderne
de l’Orient sont en présence et les conflits s’annoncent.
Les Turcs ne se maintinrent pas longtemps à l’apogée
où les avaient portés les sultans conquérants Mahomet II,
Sélim et Soliman. Des sultans fainéants vinrent ensuite,
qui compromirent la fortune de leur nation, qui, fils d’es
claves du harem, servis par des esclaves, enfermés au fond