Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

40 LA QUESTION D’ORIENT AU XVIII* SIÈCLE. 
question d’Orient tous les agents qui y devaient tenir un 
rôle, à côté de la France prépondérante dans le Levant 
depuis les croisades, à côté de F Autriche et de la Russie 
descendant au Danube inférieur, l’Angleterre, dès le premier 
jour, voulut surtout l’empire de l’Inde; quand elle l’eut 
conquis, elle en voulut surveiller les routes, et elle se 
trouva au rang des nations les plus intéressées aux desti 
nées de l’Islam. 
I. — Progrès de l’Autriche. 
L’Autriche d’abord occupa le premier plan de cette his 
toire. Elle y fut appelée par la dernière manifestation offen 
sive des Ottomans dans l’Europe centrale. 
Le sultan Mohammed IV eut un long règne (1648-1687). 
Il ne fut pas comparable aux illustres conquérants qui 
avaient fondé l’empire des Turcs. Il eut du moins le mérite 
de choisir d’habiles vizirs et de les laisser gouverner à 
l’abri des intrigues du harem. Ce fut le temps de la dynastie 
ministérielle des Kœprilü ; le premier, une sorte de Riche 
lieu, fit cesser l’anarchie dans le gouvernement et l’admi 
nistration par d’impitoyables exécutions, et permit ainsi à 
ses successeurs d’exercer à peu près tranquillement l’auto 
rité légitime qu’ils tenaient du sultan. Ceux-ci furent mal 
heureux dans leurs entreprises guerrières ; mais, vaincus, 
ils conduisirent la défensive avec beaucoup de courage et 
continrent, autant qu’il était possible, la réaction victo 
rieuse des peuples chrétiens. Ils sauvèrent l’honneur des 
armes ottomanes. 
Ahmed Kœprilü II prétendit revenir sur les concessions 
déjà faites à l’empereur au commencement du siècle : il 
lui refusa le droit d’intervenir dans l’élection des princes 
de Transylvanie, et, pour affirmer la position hostile qu’il 
reprenait, il envahit la Hongrie septentrionale, marcha sur 
Vienne, enleva la forteresse de Neuhœsel, à l’entrée de la 
Moravie, pilla cruellement cette province et la Silésie. Le 
danger était grand ; toute l’Europe chrétienne s’émut ; le 
pape fit appel à tous les gouvernements de l’Occident. 
Louis XIV s’empressa d’offrir de nombreuses troupes à 
l’empereur : il ne lui déplaisait pas d’exercer sur l’empire 
et sur l’Autriche une sorte de protection, de montrer sa 
puissance. Léopold I®*' le comprit ainsi et n’accepta qu’un 
secours de 6.000 Français ; il ne voulait pas être écrasé
	        
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