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LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON.
sa politique séculaire, qu’elle eût docilement obéi à l'im
pulsion de Napoléon.
Celui-ci reprenait donc pied en 1805 sur la péninsule des
Balkans, allongeait singulièrement en ce sens la ligne de
côtes qu’il possédait, entrevoyait plus clairement la possi-
bililé de fermer i Europe aux Anglais. Bientôt vainqueur
de la Prusse, protecteur de la Confédération du Rhin, pro
voqué par les Anglais qui décrétèrent le blocus des côtes
de la Manche, il signa à Berlin, le 21 novembre 1806, le
décret du blocus continental. Ce fut la forme où s’exprima
et tenta de se réaliser son rêve de domination européenne^
où se matérialisa sa haine contre son implacable ennemie.
Il voulut en finir avec la Russie pour reprendre contre
l’Angleterre quelque gigantesque entreprise.
Le maréchal Lefebvre enlève Danzig en mai 1807. Napo
léon encourage les espérances patriotiques des Polonais,
qui ont auprès de lui un puissant défenseur de leur cause
dans la personne de la comtesse Walewska. Il veut
entraîner les Turcs à la guerre : « As-tu cessé de régner ?
écrit-il dès 1802 au Sultan. Réveille-toi, Sélim, appelle au
ministère tes amis, chasse les traîtres ; confie-toi à tes vrais
amis,... ou tu perdras ton pays, ta religion et ta famille. »
Sébastian! va à Constantinople avec de nombreux officiers;
il pousse le sultan à profiter des circonstances pour se
venger des Russes, lui offre le concours de l’armée fran
çaise de Dalmatie qui descendra le Danube au premier
signal. Il lui montre les agissements suspects des hospo-
dars de Valachie et de Moldavie, Ypsilanti et Morousi, tous
deux dévoués à la Russie; il obtient un premier succès ; ils
sont révoqués. L’ambassadeur de Russie, le prince Italinski,
demande des explications, n’en reçoit point, prend ses
passe-ports. L’ambassadeur d’Angleterre, lord Arbulhnat,
malade, envoie son secrétaire William Pole au Divan;
l’Anglais y court à cheval; il se présente aux ministres
ottomans couvert de boue, la cravache à la main, exige
impérieusement le renvoi immédiat de Sébastian!. 100.000
Russes, sous Michelson, envahissent et occupent la Molda
vie. Le sultan est ébranlé.
Sébastian! tient bon. Il relève le courage des Ottomans;
il leur rappelle les temps de 1739 et l’ambassade du mar
quis de Villeneuve. Il est entendu: les Turcs lancent à la
Russie et à l’Angleterre la déclaration de guerre (dé
cembre 1806).