Object : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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sauf-conduit  et  de  te  prier  de  venir  voir  mon  maître,  qui  désire  te  parler
en  ami.  »
Paulo  witch  accepta  P  invitation.  Il  se  rendit  à  Travenick  et  fut  introduit
auprès  du  pacha,  qui  le  fit  asseoir  à  sa  droite,  sur  un  coussin,  et  lui  offrit
une  pipe  et  du  café.
—  Qu’exiges-tu  de  moi,  lui  demanda-t-il,  après  avoir  causé  familièrement ­
  avec  lui,  qu’exiges-tu  pour  abandonner  le  vilain  métier  que  tu  fais
et  (pii  damnera  ton  âme?
Le  heiduque  réfléchit  un  instant  avant  de  répondre,  puis  ses  yeux  brillèrent ­
  d’un  éclat  extraordinaire,  et  il  parla  d’une  voix  brève,  vibrante.
Ce  qu’il  demanda,  on  ne  le  sut  jamais.  Ou  apprit  seulement  que  le  pacha
lui  répondit  :
—  Mais  si  je  vendais  la  Bosnie,  P  Herzégovine,  P  Albanie,  la  Macédoine,
la  Roumélie,  Constantinople  et  même  Médine  et  la  Mecque,  je  ne  pourrais
point  t  accorder  ce  que  tu  me  demandes  !
Paulo  witch  s’en  revint  de  Travenick  sans  qu’on  touchât  à  un  seul  cheveu
de  sa  tête,  et  sans  avoir  aperçu  l’ombre  d’un  turban.  La  seule  chose  qu’il
avait  promise  au  pacha,  c'était  de  ne  divulguer  â  personne  le  prétendu
secret  qui  le  rendait  invulnérable.  En  échange,  le  pacha  lui  avait  octroyé
le  privilège,  pour  lui  et  scs  fils,  de  ne  pas  être  obligé  de  cacher  leurs  armes
ni  de  descendre  de  cheval,  comme  doit  le  faire  tout  raïa  â  l’approche  d’un
musulman.
—  Ta  famille,  avait  ajouté  le  pacha,  peut  venir  vivre  en  paix  dans  ton
village,  et  compter  sur  ma  protection.
Quelques  semaines  s’écoulèrent.  Wutchklo  Paulowitch,  confiant  dans  la
parole  du  Turc,  avait  installé  sa  femme  et  ses  enfants  dans  son  village,  et
s’en  était  allé  â  Segna  trouver  un  de  ses  amis.
Instruit  de  son  départ,  le  pacha  de  Travenick,  qui  n  attendait  qu’une
occasion  favorable  pour  s’emparer  de  la  famille  du  redoutable  heiduque,
arriva  avec  ses  soldats  â  marches  forcées,  cerna  la  maison  et  fit  prisonniers ­
  ceux  qui  s’y  trouvaient.
—  Vous  avez  donc  oublié  votre  promesse  ?  lui  dit  la  femme  de  Paulowitch ­
  d  un  ton  amer,  avec  une  dignité  méprisante.
—  S’il  fallait  tenir  ses  engagements  avec  des  bandits,  cela  nous  mènerait ­
  un  peu  loin,  répliqua  le  pacha.  Allons,  femme,  apprête-toi  â  nous
suivre.
—  Seigneur,  vous  êtes  maître  de  ma  vie;  mais  il  ne  sera  pas  dit
qu  Atanasia  Paulowitch  est  sortie  vivante  de  cette  maison,  —  pour  "vous
obéir.
            
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