Object: Oeuvres complètes

DE DAVID RICARDO. xxi 
illustrer ses jours. II était allé à Bath en 1799 pour accompagner Mme Ri 
cardo dont la santé s était altérée, et il s’y était réfugié chez un ami. Là, 
un jour, accoudé sur une table et rêvant peut-être à quelque nouvelle ex 
perience de chimie ou de physique, ses yeux s’arrêtèrent sur l’immortel ou 
vrage de Smith. Ce fut comme un éclair illuminant son esprit et donnant 
un but aux vagues aspirations de sa pensée. —Tl y aurait quelque naïveté, 
sans doute, à cro re qu’il ait été converti aussi subitement à l’économie po 
litique. Les surprises de l’esprit ne sont pas rapides et spontanées comme 
celles de l'àme ou de la foi, et Ricardo s’était sans doute posé un grand 
nombre des questions que la Richesse des Nations discute et résout avec 
1 autorité imposante du génie. Mais ses méditations avaient été isolées: 
une main puissante n’avait pas encore soudé à ses yeux les anneaux di 
visés de la science sociale pour en extraire toute une théorie, avec ses rami 
fications infinies et ses formules décisives. Et quand il vit les phénomènes 
fie la circulation monétaire se dérouler avec la majesté d’une doctrine sous 
la plume de Smith, et s’y adapter à tout un système, il éprouva un de 
ces étonnements qui révèlent un homme à lui-même. C’est, dans des pro 
portions restreintes, l’histoire du bain d’Archimède, de la pomme de New- 
Désormais Ricardo appartient tout entier à l'économie politique. Tl éteint 
ses fourneaux de chimiste, il délaisse l'électricité, il oublie même cette 
sociélé de peologie dont il était un des fondateurs, pour étudier de plus près 
une scient^ qui semble tenir, dans les plis de sa robe, le bien-être ou la 
misere des peuples; une science qui, par les questions de subsistances, 
d impôts de marchandises, plonpc dans les entrailles même de la société 
qui s éleve par les questions de salaire, de travail, de paupérisme, jus 
qu aux plus sublimes hauteurs de la morale; une science enfin qui, pour 
nous se définit ainsi : La .science du travail et de m rémumratim. - 
D ailleurs , pendant que s'effectuail cher. Ricardo cette transformation, les 
événements marchaient avec une rapidité furieuse : et le jour où il fallut 
les diriger, les contenir, il se trouva prêt. 
Ce jour arriva en 1809. 
La circulation monétaire de l'AnpIeterre avait été livrée par l'Acle de 
oue al " L ‘’V ' P''«'!“« »hsolu des directeurs de la Ban- 
de, cette deplorable situation, puisqu'il n'avait cessé de puiser à pleines 
mains dans les caisses de la Banque, se devait à lui-même de la sau 
ver, fùt-ce par un coup d'Etat, lïit-ce aux dépens des intérêts du pays, 
prit que le système financier de l'Aiiftle’errc reposait en réalité 
' Voyez p. 330.
	        
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