Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

332 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER. 
Ismael, elle erra longtemps à travers le désert. Elle y souf 
frit mille maux et désespéra plusieurs fois de sauver son 
enfant. Un jour, privée d’eau, elle crut que les tourments 
de la soif allaient le lui enlever. « L’eau était tarie dans 
l’outre ; Agar déposa le petit Ismaël sous un arbre ; puis 
elle s’éloigna et alla s’asseoir en face de lui, à la distance 
de la portée d’une flèche ; car, disait-elle, je ne veux pas 
voir mourir mon flls. Assise en face de lui, elle éleva la voix 
et pleura. Déjà Dieu avait entendu les pleurs de l’enfant, et 
l’ange de Dieu dit à la mère, du haut du ciel : Qu’as-tu, 
Agar? Ne crains rien ; Dieu a entendu la voix de l’enfant 
de la place où tu l’as couché. Lève-toi ; aide-lui à se relever, 
et que ta main reprenne de la force en le touchant ; car de 
lui sortira un grand peuple » ’. 
En effet, l’islamisme, sorti de la postérité d’Ismaël, a 
grandi sur la terre, comme le christianisme sorti de la pos 
térité d’Isaac : Dieu a béni la descendance de la servante 
presque à l’égal de celle de la femme libre ^ Mais aussi la 
postérité religieuse d’Isaac n’a pas cessé de poursuivre celle 
de l’esclave à travers le désert. 
L’Islam se répandit au moyen âge dans l’Afrique septen 
trionale, comme dans l’Asie méridionale, tout le long et au 
nord du Tropique. Ses destinées ne furent pas aussi bril 
lantes en Afrique qu’en Asie ; peut-être y seront-elles plus 
durables. 
Les conquérants du viii® siècle parcoururent en peu d’an 
nées, au galop de leurs chevaux, l’Egypte, la Tripolitaine, 
les pays Barbaresques, franchirent les colonnes d’Hercule, 
traversèrent l’Espagne, et par-dessus les Pyrénées enva 
hirent la Gaule. Brusquement ils se heurtèrent à Poitiers 
contre les guerriers de Charles-Martel, et refluèrent au sud, 
suivis de près par la réaction chrétienne. Ce n’est pas que 
la seule bataille de Poitiers ait suffi à briser l’effort gigan 
tesque de leur course ; mais, nomades, ils passèrent et ne 
fondèrent rien de stable. Ils vainquirent les peuples, mais 
leur laissèrent leurs coutumes et leur administration locale, 
‘ satisfaits de lever sur eux la lourde dîme de leur récolte et 
l’impôt de leur jeunesse pour le recrutement des armées du 
prophète. Et les peuples vaincus, conservant leurs cadres 
politiques, y exaltèrent leur haine du conquérant et y pré- 
1. Genèse, XXI, 15-18. 
2. H. de Castries, L’Islam, p. 206.
	        
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