PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
dit, représente un revenu pour d’autres personnes, pour
l’ouvrier, pour le capitaliste, pour le propriétaire, qui se
trouvent être ses collaborateurs directs ou anonymes. Par
conséquent, ce serait commettre une erreur de calcul énorme
que de croire que la somme des valeurs déboursées par
l’entrepreneur représente la somme des valeurs consommées
réellement par l’acte de production. Celle-ci est heureusement
très inférieure (1).
Si nous passons de l’industrie primaire, que nous avons
prise pour exemple, aux industries de transformation, et que
nous suivions la matière première, ici le minerai de fer,
entre les mains du maître de forges, du fabricant de fers de
charrues ou d’aiguilles à coudre, etc., il est évident que le
coût de production originaire va se grossir, comme une
boule de neige, des couches superposées de frais de produc-
tion, mais qui seront toujours les mêmes : à savoir le prix de
location du travail, du capital et du terrain, disons: le salaire,
l'intérêt et le loyer (2).
L’entrepreneur fait donc une balance entre la somme des
valeurs détruites et la valeur créée ; naturellement il ne
marche qu’autant qu’il prévoit que la seconde sera supé-
rieure à la première. C’est une serte d'échange qu’il fait : il
(1) Cette erreur a été commise maintes fois ces derniers temps dans l’éva-
luation des dépenses de guerre. La guerre peut être assimilée à une énorme
entreprise (ne disant pas pourtant productive !) où c’est l'Etat qui est entre-
preneur. Le coût de production pour l'Etat belligérant français s’est élevé à plus
de 200 milliards, en ce sens que tel aura été le chiffre de ses dépenses. Mais
{el n'aura pas été le coùt de production pour le pays — heureusement ! —
car la majeure partie de ces dépenses (achats aux fournisseurs, solde à l'armée,
allocations aux familles des mobilisés et réfugiés, ete, ete.) a été touchée ‘par
les bénéficiaires et même en a enrichi un bon nombre.
Le coût de la guerre pour la nation, le coût réel, c'est autre chose : c’est la
somme des richesses réellement détruites — maisons bombardées, usines
pillées, navires coulés, et surtout matières premières et stocks engloutis dans
une consommation improductive. Ces pertes rentrent en partie dans les dépenses
publiques ci-dessus, mais pour la plus grande part sont en dehors et forment
le compte dit des réparations.
(2) C’est pourquoi il ne faut pas (comme ne manquent pas de le dire les
étudiants à l'examen quand on demande quels sont les éléments du coût de
production) y faire figurer le cout des matières premières, car il est évident
que le coût des matières premières doit se décomposer à son tour en les trois
éléments primordiaux indiqués ci-dessus.
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