26 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
dans les conditions sociales. Etant donné que le bon marché
est le signe ordinaire de l’abondance, on serait en droit ce
croire que la baisse des prix est l’idéal désiré et la hausse
le péril redouté ? Pourtant, il n’en est rien, et nous voyons
au contraire la hausse attendue et saluée comme le beau
temps dans l’ordre économique tandis que la baisse attriste
comme la pluie, Le spéculateur à la hausse est vu d’un œil
indulgent tandis que le spéculateur à la baisse est honni
comme un oiseau de mauvais augure.
Cette contradiction apparente s’explique facilement par le
fait que la hausse bénéficie aux commercants, aux fabricants,
aux propriétaires — et indirectement aux ouvriers dont les
salaires suivent tôt ou tard la hausse des prix, en un mot, à
tout ce qu’on appelle la population « active » — tandis que
la baisse des prix ne bénéficie qu’à la foule muctte des con-
sommateurs.
Pourtant la hausse ou baisse des prix n’est signe d’acti-
vité ou d’abondance: qu’autant qu’elle résulte de causes
affectant les marchandises, mais lorsqu’elle résulte d'une
raréfaction ou surabondance de monnaie, elle n'implique
aucun changement dans la production. On pourrait même
croire qu’en ce cas elle doit être absolument indifférentes
étant purement nominale. Mais tel n’est pas le cas. Sans
doute; la variation des prix, en tant qu’elle résulte unique-
ment d’une variation de l’étalon monétaire, importe peu à
ceux qui achètent d'une main pour revendre de l’autre, mais
elle a de grandes conséquences pour les créanciers à long
terme et surtout pour les crédi-rentiers qui ont à toucher,
durant un grand nombre d'années ou même sous forme de
rente perpétuelle, une somme d’argent fixe — et inverse-
ment pour les débiteurs qui auront à la payer, parmi les-
quels le plus gros de tous qui est l’État. IL est clair que la
dépréciation de la monnaie est aussi désastreuse pour les
premiers qu’elle est avantageuse pour les seconds.
Comme ces perturbations en bien ou en mal sont en sonime
injustes puisqu'elles changent les conditions stipulées dans
les contrats de prêt ou d’émission de rentes, il serait à désirer
>