n PRINCIPES, D'ÉCONOMIE POLITIQUE
bonne mesure des valeurs, invariabilité dans l’espace.
20 Durée indéfinie. — A raison de leurs propriétés chi-
miques qui les rendent réfractaires à presque toute combi-
naison avec l’air, l’eau, ou tout autre corps, l’or et l'argent
peuvent se conserver sans altération. Il n’est aucune richesse
dans la nature ‘dont on puisse en dire autant; les produits
d’origine animale ét végétale se gâtent et même les métaux,
tels que le fer, s’oxydent et finissent par tomber en pous-
sière.
Cette propriété a une importance presque égale à la pré-
cédente. Car elle produit dans le (emps le même effet que
l’autre dans l’espace, à savoir une invariabilité au moins
relative de la valeur d’une époque à une autre. À raison de
leur durée, qui fait que les mêmes particules de métal nron-
nayées et remonnayées peuvent traverser les âges, les
métaux précieux s'accumulent petit à petit en une masse
imposante — quelques 100 milliards de francs aujourd’hui,
dont 60 milliards en or (sur lesquels les Etats-Unis, la France,
la Russie, l’Allemagne et l’Angleterre, en détiennent pius de
la moitié) — dans laquelle la production annuelle se déverse
comme dans un réservoir toujours grandissant, et dans
laquelle, par conséquent, les variations accidentelles vont
s’atténuant de plus en plus. Dans un torrent qui se précipite
les moindres crues se manifestent par des changements de
niveau énormes, mais les’ plus fortes crues du Rhône
n’élèvent le niveau du lac de Genève que de quelques centi-
mètres. De même le fleuve d’or qui vient se déverser dans le
trésor du monde, quelles que soient ses crues, ne peut en
faire monter le niveau que lentement. Ainsi, quoique l’ac-
croissement de la production aurifère ait été énorme depuis
vingt-cinq ans puisqu'elle s’est élevée de 500 millions à p:us
de 2 milliards fr., cependant cette production ne représente
qu’une petite fraction du stock bi-métallique existant. Et
encore s’en faut-il de beaucoup que toute cette récolte d’or
annuelle vienne grossir le stock monétaire: une grosse part,
entre un tiers et la moitié, est dérivée vers l’industrie ou la
thésaurisation des pays d’Orient, en sorte que l’afflux moné-
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