À; PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
pièce de 20 centimes trop petite pour l’usage courant. Il faut
donc de toute nécessité employer au moins trois métaux à
à la fois.
Mais en employant plusieurs métaux, on ne résout la diffi-
culté que pour tomber dans une autre encore plus grave,
car les pièces frappées avec ces différents métaux doivent
obéir à la-même loi que nous avons expliquée, celle qui veut
que leur poids soit exactement proportionnel à leur valeur.
Or, il y a bien entre ces métaux une échelle naturelle des
valeurs — mais échelle qui n’a aucune relation avec le système
décimal : on sera donc obligé, en fixant les poids des mul-
tiples et des sous-multiples, de leur donner des poids frac-
tionnaires. Ainsi la valeur de l’or étant, lorsque le système
fut établit, 15 1/2 fois celle de l'argent, et l’unité monétaire,
le franc, pesant 5 grammes, il a fallu donner au franc d’or
le poids de 5 gr. divisé par 15,5, ce qui fait 0,3226, pièce qui
serait trop petite pour être frappée effectivement, mais qui
correspond à un poids de 3,226 grammes pour la pièce d’or
de 10 francs et de 6,152 pour la pièce de 20 francs.
Ceci sans doute n’est qu’un petit inconvénient : le public
ignore complètement quel est le poids des pièces d’or et
s’inquiète peu que leur poids soit fractionnaire. Mais ce qui
est plus grave c’est que la valeur de ces métaux varie avec le
temps, en sorte que les valeurs une fois établies ne se
trouvent plus concorder avec les poids : l’une des deux
monnaies devient aussi trop forte ou trop faible, la loi de
Gresham va jouer et nous voilà aux prises avec toutes les
difficultés qui ont rendu célèbre la question du bimétallisme
et que nous allons voir dans le chapitre suivant.
En ce qui concerne les pièces de valeur inférieure, celles
de cuivre et même celles d’argent, on peut se tirer d’embar-
ras en rejetant délibérément le principe de la concordance
entre le poids et la valeur, c’est-à-dire en leur donnant un
poids arbitraire, mais alors il faut renoncer à leur maintenir
le caractère de monnaie légale et les réduire au rôle de
monnaie d'appoint. Mais on ne peut traiter les pièces d’or
avec si peu de façon.
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