Full text: Principes d'économie politique

36: PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE 
espère gagner. Or, c'est là une situation redoutable, aussi 
bien pour la personne qui emprunte que pour celle qui prête, 
car voici ce qui va en résulter : 
a) Quant au prêteur d’abord, il est exposé à des risques 
considérables. Sans doute, il compte sur une richesse équi- 
valente qui viendra remplacer celle qu’il a prêtée, mais enfin 
elle n’existe pas encore ; elle devra être produite à cette fin 
et tout ce qui est futur est par là même incertain. Les législa- 
teurs se sont ingéniés à garantir le prêteur contre tout danger 
— et les précautions qu'ils ont imaginées à cet effet consti 
tuent une des branches les plus considérables de la législa- 
tion civile : cautionnement, solidarité, hypothèques, ete. 
- Quand la créance est garantie par la livraison d’un bien de 
valeur au moins équivalente, meuble ou immeuble (pour 
‘immeuble, ni même parfois pour les objets mobiliers, la 
livraison n’a pas besoin d’être effective), en ce cas le maxi- 
mum de sécurité est obtenu et on dit que le crédit est réel, 
voulant dire par là que la créance porte sur une chose, res. 
Pourtant, même en ce cas, la sécurité n’est pas absolue, ca 
l’immeuble hypothéqué ou l’ohjet donné en gage peuven 
yerdre de leur valeur. Donc il faut toujours de la part du 
prêteur une certaine confiance, un acte de foi, et voilà juste- 
ment pourquoi on a réservé à cette forme particulière du 
prêt le nom de « crédit » qui suppose, en effet, par son ori- 
gine étymologique, un acte de foi (creditum, credere, croire). 
Et le crédit est appelé à justifier de plus en plus son bea 
nom, puisque, comme nous le verrons, le crédit dit réel, c’est- 
à-dire garanti par une hypothèque ou un gage, cède de plus 
en plus la place au crédit dit personnel, c'est-à-dire à celui 
qui, sous forme de comptes-courants en banque ou de société 
de crédit mutuel, se fonde uniquement sur la promesse de 
‘emprunteur. On dira, il est vrai, que c’est là un retour au 
passé, au temps antique de Rome où le créancier n’avait 
aussi d’autre gage que la personne même du débiteur ; 5 
a différence est grande, car ators c'était le corps même du 
débiteur qui servait de gage, un corps qu’on pouvait empri- 
sonner, frapper, peut-être mème couper en morceaux ompr 
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