PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
naturelle que nous venons d’esquisser, il finira par triompher
partout (1).
La conclusion qui se dégage dé cette rapide revue, c’est
donc que la propriété foncière a évolué progressivement et
constamment de la forme collective vers la forme indivi-
duelle, et tend à se rapprocher de plus en plus de la pro-
priété des choses mobilières et des capitaux jusqu'à se
confondre avec celle-ci.
Il semble qu’on doive attendre encore une autre étape,
celle où la propriété foncière sera représentée par une
action, c’est-à-dire par un titre nominatif ou même au por-
teur, lorsque l’entreprise agricole aura pris, comme tend
à le faire l’entreprise industrielle, la forme d’une société
anonyme ? Mais ce terme logique de l’évolution ne semble
pas devoir se réaliser pour la propriété foncière : du moins
les expériences faites jusqu’à ce jour n’ont guère réussi.
I
Le revenu foncier. — La loi de la rente.
Les premiers économistes — les Physiocrates, Adam Smith,
J.-B. Say — enseignaient que la terre produisait une rente
par une vertu naturelle, de la même façon qu elle produit
des fruits (2). Mais une telle doctrine était bien dangereuse
pour la défense de la propriété foncière, car elle invitait à se
poser cette question : pourquoi, si la rente est une libéralité
de la nature, n’est-elle pas commune à tous les hommes ? De
quel droit les propriétaires l’interceptent-ils et, l'ayant reçue
(1) Le but du système Torrens, comme le déclarait l'auteur lui-même, est de
débarrasser la propriété foncière de toutes les entraves qui en empêchaient
le libre accès : « semblables à ces herses, ponts-levis et fossés qui défendaient
l'accès des châteaux de nos ancêtres ».
(2) Voici ce que dit Adam Smith : « Dans l’agriculture, la nature travaille
conjointement avec l'homme et sa part représente souvent le tiers et jamais
moins du quart du produit total... On peut considérer la rente comme le
produit de cette puissance de la nature».
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