GENÈSE DU CAPITAL INDUSTRIEL
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nalité, par le choix qui eu avait été fait, les marchan
dises de Paris attiraient la bonne clientèle et jouis
saient d’une grande vogue, taudis qu’elles portaient au
loin la renommée du vendeur.
Durant cette période, celui-ci, par un calcul qui fait
connaître l’homme, n’était point resté à Liège. Aussi
tôt que les assignats eurent été émis, Michel Orban,
persuadé que ces papiers-monnaies obligatoires, mais
promptement dépréciés, conserveraient plus longtemps
leur valeur à Paris qu’en province, s’était rendu dans la
capitale de la France. Là, il achetait, en payant avec
des assignats, de graudes quantités d'articles de Paris,
qu’il expédiait ensuite à sa femme demeurée à Liège.
Celle-ci les revendait en recevant en payement les
assignats, dont tout le monde, dans les départements
surtout, cherchait à se défaire à n’importe quel taux
pour ainsi dire, et elle s’empressait de les envoyer à son
mari à Paris (1).
Mais ce n’était qu’un modeste début. Avec une par
tie des bénéfices réalisés, Orban commença à acheter
des immeubles. Le moment paraissait très favorable pour
des spéculations de ce genre. On assistait aux dernières
convulsions de l’Empire. L’instabilité des pouvoirs et
des régimes gouvernementaux, les craintes d’un avenir
menaçant, le manque général d’argent, résultat des
années de perturbation et de misère que provoqua la
Révolution à la fin du siècle passé, résultat aussi du
(2) Théodore Gobert. Les rues de Liège anciennes et modernes, v. 11.
p. 624.