388 LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
s’en présente, de majorer leurs prix, si bien que le commerce
mécontent finit par s’adresser au pavillon étranger
de préférence au pavillon français.
Notre race est aussi laborieuse qu’aucune autre, notre sol
aussi riche, notre industrie aussi vaillante : d’où vient donc
que le fret de sortie nous fasse pareillement défaut, que les
quais de nos ports demeurent presque vides, tandis que
ceux de Glasgow, de Newcastle, de Hambourg voient s’accumuler
des montagnes de marchandises et des pyramides
de caisses ! Il ne faut pas être grand clerc pour le deviner :
c'est parce que notre industrie périclite par le manque de
canaux et de voies navigables, que nos navires manquent
de fret.
M. Louis Laffitte l’a dit avec beaucoup de raison : le batellerie
est l’auxiliaire indispensable de la marine marchande.
Les matières encombrantes, lourdes, peu pressées,
les charbons, les engrais, les produits naturels, etc., ne peuvent
circuler à bon compte qu’à la condition d’emprunter la
voie d’eau. Recueillies par la péniche qui, robuste et lente,
va se charger de leur lourd fardeau, elles remontent paisiblement
le canal qui les conduit au port voisin où les attend
pour un lointain voyage le navire de haute mer. Un batelier
et sa iamille, deux chevaux qui s’arrêtent de temps à autre
pour brouter l’herbe maigre du chemin de halage, suffisent
à assurer un transport égal à celui de dix wagons de marchandises
remorqués par une puissante locomotive. Les
frais sont naturellement minimes.
Or, prenez une carte de France : entre la Loire et la Garonne,
malgré d’immenses richesses intermédiaires, aucune
autre route ne s’offre à la marchandise lourde que celle du
chemin de fer ; le Sud-Ouest se trouve, on peut le dire,
isolé de Paris, qui, même dans ses rapports plus directs
avec l’Est et le Nord de la France, n’est desservi que par