L’APPORT INTELLECTUEL DES COLONIES 249
Prenons, au hasard, quelques-uns de ces vers canadiens ;
ceux-ci, par exemple, d’Albert Ferland
Lorsque le blanc hiver, aux jours tièdes mêlé,
Recule vers le nord de montagne en montagne,
La gaieté du semeur envahit la campagne,
Et du sein du grenier renaît l’âme du blé.
Ennui de Mars, espoir d’Août, attente et rêve !
C’est, avant les bourgeons et les proches labours,
L’inquiétude en quête et sourde des amours ;
C’est, dans l’arbre vivant, la marche de la sève.
C’est ton œuvre, Soleil, créateur des matins.
En voici d’autres, tout glacés d’un froid pénétrant ;
ls sont de René Chonin :
Le soir est déchiré de dentelles de givre,
Mais, tandis que le gel étreint les troncs tordus.
Où le verglas met un miroitement de cuivre,
Voici mes souvenirs, mes songes assidus,
Voyageurs attardés en des palais de givre
Et qui semblaient perdus.
Tout ce qui est resté de poésie française au cœur de
l’Amérique, c’est aux Américains, eux-mêmes, qu’il faut
le demander. Il faut relire le beau livre que M. John Finley
a écrit sous ce titre pour apprendre quelle tranchée, quel
silo’ de gloire et de génie repose, à jamais, tout plein de
riçhesses, au sein de la terre qui fut celle de ces grands
découvreurs et dans cette colonie incomparable qui
s’étendait des Lacs à la Louisiane, formant l’ossature de
ce qui est maintenant la République des États-Unis. A
cet Américain, M. Finley lui-même, empruntons l’évoca-
tion de cette ineffaçable survivance
« Grâce à sa bravoure et à la foi de ses enfants, la
France a conquis la vallée du Mississipi sur un passé
d’un millier de siècles ; grâce à des héroïsmes ignorés. elle
»
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