252 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
À en juger d’après le panorama rapide qui vient de se
dérouler devant nous, quels sont les apports intellectuels
que notre avenir colonial, si largement agrandi et déve-
loppé, ne réserve pas à la France?
Et je n’ai parlé ni des sciences, ni des arts plastiques, ni
de la musique: Je n’ai pas parlé des puissants eflluves
politiques et de ce que fut, pour la France de 1789, la
création de la République des États-Unis.
Je n’ai rien dit de l’éloquence, de l’histoire, des
conquêtes géographiques, préhistoriques, astronomiques,
ethnographiques. Surtout, j'ai à peine effleuré, d’un mot,
cet admirable sujet, l’apport moral, l’apport chrétien,
trempé du sang de nos missionnaires. Ni l’évêque d’Adran.
ni Mgr Puginier, ni les missions de Chine, ni le cardinal
Lavigerie, ni Mgr Augouard, ni Mgr Livinhac, ni le
Père de Foucauld, ni le Père Delattre n’ont apparu sur
ce tableau où ils devraient tenir la place d’honneur.
Sur ces données si vagues et si insuffisantes, l’apport
intellectuel colonial à la France, n’apparaît-il pas, désor-
mais, comme appelé à un prodigieux élargissement et
enrichissement?… Les voilà, les vraies « minières » décou-
vertes par les premiers navigateurs. Champlain les avait
annoncées : c’est celles que l’esprit exploite. L'or y ruis-
selle des doigts du mineur.
L'homme colonial est grand par l’initiative, la réflexion
et l’endurance. Il pense en agissant, comme d'autres
pensent en parlant. Il s’est fait des reins et il s’est fait
des lobes cérébraux endurcis et entraînés à des tâches
nouvelles, humaines et surhumaines.
La solitude a nourri sa méditation. Le spectacle de la
nature l’a séduit jusqu’à le tromper parfois. Mais, peu
à peu, par l'expérience, maîtresse de l’imagination, les
erreurs de l'enthousiasme se sont corrigées. L’illusion
romantique s’est dissipée ; en revanche, la raison raison-
nante classique s’est assouplie.