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Vingt ans avant Ford, Wernicke exprime déjà l'avis
connu de l’industriel américain, c’est que de nos jours
le salariat offre de plus belles perspectives que l’indé-
pendance pour des hommes ayant de l’ambition et des
qualités d’organisateurs et de chefs. Pourquoi végéter
dans sa propre entreprise, quand on pourrait, dans
l'entreprise d'autrui, arriver au plein développement de
ses qualités ?
«L'évolution continuelle de notre économie crée
heureusement la possibilité d’uitiliser autrement les
> forces devenues superflues dans un domaine ou dans
>la position d'entrepreneurs ‘indépendants. Et une
> quantité de commerçants précédemment indépen-
dants ont fait une bien meilleure carrière, se sont
> créés une existence beaucoup plus satisfaisante que
> celle qui était la leur, au temps de leur indépendance,
» en devenant employés dans les Warenhäuser.» *, ?
«Les artisans et les commerçants de détail sont actuel-
> lement menacés dans leur existence même. Ils s’appauvris-
» sent toujours plus — écrit par exemple le socialiste Kaut-
» sky dans la préface de l’édition de 1900 du fameux mani-
» feste communiste de Marx et Engels —; «tandis que, de-
» puis des dizaines d’années, les prolétaires diminuent sans
» cesse leur temps de travail, élèvent les salaires, la durée
» du travail pour les artisans, comme pour les petits pay-
» sans, reste la même, atteint les limites de leurs capacités
» physiques. Et toujours plus, les conditions de vie des arti-
» sans, des petits négociants et des petits paysans se rappro-
» chent du minimum d’existence. … La situation de plusieurs
» couches des ouvriers non propriétaires est meilleure. »
(Tiré du livre du Dr. Marcusen sur la démocratie, cité par
les Résolutions du Congrès international des classes moyen-
nes, page 38).
! Il n’y a naturellement rien à objecter à un jeune hom-
me qui a fait un apprentissage de commerce, s’il trouve pré-
lérable de ne pas se mettre à son compte. Au contraire, di-
rons-nous, fidèle au regret que nous avons exprimé de voir
trop de gens devenir commerçants indépendants. En revan-
che, quoique un chef de rayon de grand magasin dispose
d’un savoir professionnel incontestablement supérieur à celui