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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
les entrevoir, car à moins d’être surpris endormis ils se
dissimulent au moindre bruit, et il en est de même de tous
les animaux réputés dangereux, qui semblent plutôt vou
loir s’écarter de la présence de l’homme ; il est vrai que
celui-ci est encore l’animal le plus redoutable de ces
régions, et dans bien des cas plus encore le civilisé que
l’indigène.
Diverses espèces de caïmans habitent les fleuves des
régions basses, car on les voit somnoler sur la vase du
rivage ou des îlots ; cet animal répulsif atteint souvent
5 mètres de longueur. Les iguanes sont une sorte de
grands lézards inoffensifs et comestibles dont la taille
dépasse fréquemment plus d’un mètre ; ils sont très nom
breux dans les forêts du bord des fleuves. Les batraciens
présentent aussi des espèces nombreuses et variées. Nous
avons gardé le plus désagréable souvenir d’un énorme
crapaud-bœuf, dont les coassements, semblables à de
rauques aboiements, sont des plus lugubres à entendre
pendant la nuit.
Les rivières regorgent de poissons de toutes tailles ; on
peut dire sans exagération qu’elles sont un véritable
vivier. Dans les principales, on trouve encore le lamantin,
appelé aussi manati, c’est le peixe boï (poisson bœuf)
des Brésiliens. C’est un mammifère inoffensif qui atteint
souvent 6 mètres de long et pèse plus de 500 kilogrammes ;
ces amphibies paissent l’herbe des rivières, les femelles
ont des mamelles ressemblant assez aux seins d’une
femme ; la chair du manati ressemble assez à celle du
bœuf, aussi sa pêche est-elle toujours une bonne fortune.
Il nous faut signaler aussi le paiche, sorte d’énorme
brochet pesant de 100 à 150 kilos. La chair de ce poisson
qui est séchée, fumée ou salée, fait l’objet d’un grand
commerce dans toute l’Amazonie brésilienne, où elle sert