Full text : Oeuvres complètes

80  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
meilleur  marché.  11  ne  parait  donc  pas  que  la  hausse  des  salaires
puisse  faire  hausser  le  prix  des  denrées,  soit  que  les  métaux  qui  servent ­
  à  la  fabrication  des  monnaies  se  trouvent  dans  le  pays,  soit  qu’ils
viennent  de  l’étranger.  11  ne  peut  y  avoir  une  hausse  dans  toutes  les
denrées  à  la  fois,  sans  qu’il  y  ait  en  même  temps  une  augmentation
de  monnaie;  et  cette  quantité  additionnelle,  on  ne  saurait  l’obtenir
dans  le  pays  même,  ainsi  que  nous  l’avons  déjà  prouvé,  et  l’on  ne
pourrait  pas  non  plus  la  tirer  du  dehors.  En  effet,  pour  pouvoir  acheter ­
  une  plus  grande  quantité  d’or,  à  l’étranger,  il  faut  absolument
que  les  denrées,  chez  nous,  soient  à  bon  marché.  L’importation  de  l’or,
et  la  hausse  du  prix  de  toutes  les  productions  nationales,  moyennant
lesquelles  on  obtient  ou  on  achète  l’or,  sont  des  effets  d’une  incompatibilité ­
  absolue.  L’usage  très-étendu  du  papier-monnaie  ne  change  rien
à  la  question  ;  car  tout  papier-monnaie  se  règle  ou  doit  se  régler  par
la  valeur  de  l’or,  et  se  trouve  par  conséquent  sous  l’influence  des  causes ­
  mêmes  qui  influent  sur  la  valeur  de  ce  métal.
Voilà  donc  les  lois  qui  règlent  les  salaires  et  qui  régissent  le  bonheur ­
  de  l’immense  majorité  de  toute  société.  Ainsi  que  tout  autre
contrat,  les  salaires  doivent  être  livrés  à  la  concurrence  franche  et
libre  du  marché,  et  ii’être  jamais  entravés  par  l’intervention  du  Gouverneur. ­

La  tendance  manifeste  et  directe  de  la  législation  anglaise  sur
les  indigents  est  diamétralement  en  opposition  avec  ces  principes,  qui
sont  de  toute  évidence.  Ces  lois,  bien  loin  de  répondre  au  vœu  bienfaisant ­
  du  législateur,  qui  ne  voulait  qu’améliorer  la  condition  des  pauvres, ­
  n’ont  d’autre  effet  que  d’empirer  à  la  fois  et  celle  du  pauvre  et
celle  du  riche  ;  —  au  lieu  d’enrichir  les  pauvres,  elles  ne  tendent  qu’à
appauvrir  les  riches.  Tant  que  nos  lois  actuelles  sur  les  pauvres  seront
en  vigueur,  il  est  dans  l’ordre  naturel  des  choses  que  les  fonds  destinés ­
  à  l’entretien  des  indigents  s’accroissent  progressivement,  jusqu’à
ce  qu’ils  aient  absorbé  tout  le  revenu  net  du  pays,  ou  au  moins  tout
ce  que  le  Gouvernement  pourra  nous  en  laisser  après  qu’il  aura  satisfait ­
  ses  demandes  perpétuelles  de  fonds  pour  les  dépenses  publiques ­
  '.

*  Si  M.  Buchanan,  dans  le  passage  sui\ant,  n’a  eu  en  vue  qu’un  état  de  misère
passager,  je  suis  entièrement  de  son  avis.  —  «  Le  grand  malheur  de  la  condition
»  de  l’ouvrier,  c’est  l’indigence  qui  provient  de  la  disette  des  vivres  ou  du  manque
»  d’ouvrage.  Aussi  a-t-on  fait  chez  tous  les  peuples  des  réglements  sans  nombre
»  pour  venir  à  son  secours.  Mais  il  est  dans  l’état  social  des  maux  que  la  législation
            
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