Full text : Oeuvres complètes

i  08  PRINCIPES  DE  L’ÉCONOMIE  POLITIQUE.
Dans  Ia  supposition  que  nous  venons  de  faire,  les  capitalistes  de
l’Angleterre  et  les  consommateurs  des  deux  ¡)ays  gagneraient  sans
doute  à  ce  que  le  vip  et  le  drap  fussent  l’un  et  l’autre  faits  en  Portugal, ­
  le  capital  et  l’industrie  anglaise  passant  par  conséquent,  à  cet
effet,  de  l’Angleterre  en  Portugal.
Dans  le  cas  supposé,  la  valeur  relative  de  ces  deux  objets  se  réglerait ­
  d’aj)rès  le  même  principe  que  si  l’une  était  une  production  de
l’\orlvsbire  et  l’autre  de  Londres;  et  dans  tout  autre  cas,  si  les  capitaux ­
  affluent  librement  vers  les  pays  où  ils  trouvent  un  emploi  plus
profitable,  il  ne  pourra  exister  dans  le  taux  des  profits,  et  dans  le
prix  réel  des  choses,  de  différence  autre  que  celle  qui  proviendrait
du  surcroît  de  travail  nécessaire  pour  les  porter  aux  différents
marebés.
Nous  savons  cependant,  par  expérience,  que  bien  des  causes  s’opposent ­
  à  la  sortie  des  capitaux.  Telles  sont  ;  la  crainte  bien  ou  mal
loudéc  de  voir  s’anéantir  au  dehors  un  capital  dont  le  propriétaire
n’est  pas  le  maître  absolu,  et  la  répugnance  naturelle  qu’éprouve  tout
homme  a  quitter  sa  patrie  et  ses  amis  pour  aller  se  confier  à  un  gouvernement ­
  étranger,  et  assujettir  des  habitudes  anciennes  à  des
mœurs  et  à  des  lois  nouvelles.  Ces  sentiments,  que  je  serais  fùcbé  de
voir  affaiblis,  décident  la  plupart  des  capitalistes  à  se  contenter  d’un
taux  de  profits  moins  élevé  dans  leur  ])ropre  ])ays,  plutôt  que  d’aller ­
  chercher  dans  des  pays  étrangers  un  emploi  plus  lucratif  pour
leurs  fonds.

»«*rvalions  sur  Tinflufince  délétère  des  droits  élevés.  Il  est  à  peu  près  admis  en  économie  polili(|ne,
  aujourd’hui,  que  des  tarifs  qui  repoussent  les  consommateurs,  des  droits  d’entrée  qui
empêchent  l’entrée  ne  sont  pas  précisément  le  moyen  le  plus  elticace  de  grossir  les  recettes
ilu  trésor  :  et  s’il  était  même  besoin  de  faits  pour  prouver  l’éciatante  vérité  de  ce  principe,  nous
les  pourrions  puisera  pleines  mains  dans  l’histoire  de  la  consommation  de  l’Angleterre  depuis
trente  ou  (piarante  années,  et  surtout,  depuis  l’audacieuse  tentative  de  11.  Peel,  en  1842.  Nous
y  verrions  que  les  importations  ont  constamment  marché  en  sens  Inverse  des  tarifs  :  les  unes
grandissant  a  mesure  que  les  autres  fléchissaient.  Le  thé,  le  café,  le  sucre,  présentent  des  résultats ­
  miraculeux  et  qui  ont  peut-être  encore  été  dépassés  par  l’histoire  de  la  réforme  postale.
Ainsi,  le  nombre  des  lettres  en  circulation  qui,  sous  l’ancienne  législation,  s’élevait  à  75,000,100
en  1835,  a  atteint  pour  l’année  1840  le  chiffre  énorme  de  300,000,000  ;  dans  le  district  de  Londres,
l’accroissement  a  été  du  douille  en  5  ans,  et  ainsi  de  suite  pour  les  autres  villes.  Nous  avons
même  presque  honte  d’insister  sur  de  pareils  truismes  et  surtout  d’avoir  à  les  rappeler  à  un
esprit  aussi  éminent  que  celui  de  J.-3.  Say.  11  est  mort  sans  voir  ces  magniliques  et  courageuses
réformes,  mais  il  avait  en  main  assez  de  faits  et  de  logique  pour  les  prévoir  facilement.  Il
suflit  même  d’une  dose  d’intelligence  tres-médiocre  pour  comprendre  que  la  masse  des  consommateurs ­
  —  celle  qui  verse  dans  les  trésors  royaux  ou  autres  les  pluies  d’or  des  budgets  —
est  entachée  du  péché  originel  de  pauvreté  et  que  c’est  la  modicité  seule  des  droits  qui  lui
ouvre  l’accès  des  marchandises  de.  toute  nature.  Il  ne  peut  entrer  que'dans  la  cervelle  d’un
maltôlieriou  d’un  Algonquin  de  couper  l’arbre  pour  avoir  les  fruits,  de  tarir  les  sources  pour
avoir  plus  d’eau,  de  rendre  la  consommation  impossible  pour  grossir  le  nombre  des  consommateurs, ­
  de  ruiner  les  contribuables  pour  augmenter  les  contributions.  Eux  seuls  peuvent
Avoir  à  ce  point  des  yeux  pour  ne  rien  voir  et  des  mains  pour  tout  prendre.  A  F.
            
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