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CH. XXH. — DE L’IMPORTATION ET DE L’EXPORTATION.
système mercantile, qui n’avait pour but que de faire hausser le prix
des marchandises dans le pays, en repoussant la concurrence des pro
duits étrangers ; mais ce système n’était pas plus funeste aux cultiva
teurs qu’aux autres classes de la société. En forçant les capitaux à
prendre une direction qu’ils n’auraient pas autrement suivie, ce sys
tème diminuait la somme totale des produits. Le prix, qui se main
tenait constamment plus haut, n’était pas dù à la rareté des produits,
niais à la seule dilliculté de la production ; et par conséquent, quoique
les possesseurs de ces produits les vendissent plus cher, cependant,
considérant la quantité de capital qu’il leur avait fallu employer
pour les obtenir, ils n’en tiraient réellement pas de plus gros profits ‘.
' M. Say penseque l’avantage des manufacturiers nationaux est plus que tem
poraire. « Un gouvernement, dit-il, qui défend absolument l’introduction de
» certaines marchandises étrangères, établit un monopole en faveur de ceux qui
» produisent cette marchandise dans l’intérieur, contre ceux qui la consomment;
» c’est-à-dire que ceux de l'intérieur qui la produisent, ayant le privilège exclusif
» de la vendre, peuvent en élever le prix au-dessus du taux naturel, et que les
« consommateur de l’intérieur, ne pouvant l’acheter que d’eux, sont obligés de la
» payer plus cher. » Lih. 1, chap. 17.
Mais comment peuvent-ils maintenir constamment leurs produits au-dessus de
leur prix naturel, lorsque chacun de leurs concitoyens a la possibilité de se livrer
au même genre d’industrie ? Ils sont protégés contre la concurrence des étrangers,
mais non contre celle des nationaux. Le mal réel que ressent un pays par l’effet
de ces monopoles, s’il est permis de leur donner ce nom, vient, non de ce qu’ils
font hausser le prix courant de ces produits, mais bien de ce qu’ils en font hausser
le prix reel et naturel. En augmentant les frais de production, ils sont cause
qu’une portion de l’industrie du pays est employée d’une manière moins produc-
. (iSote de l’Auteur.)
M. Ricardo me paraît avoir ici raison contre moi. En effet, quand le gouverne
ment prohibe un produit étranger, il ne saurait élever dans l’intérieur les bénéli-
cos qu’on lait sur sa production au-dessus du taux commun des prolits; car alors
les producteurs de l’intérieur, en se livrant à ce genre de production, eu ramène
raient bientôt, par leur concurrence, les profits au niveau de tous les autres. Je
dois donc, pour expliquer ma pensée, dire que je regarde le taux naturel d’une
marchandise, comme étant le prix le plus bas auquel on peut se la procurer par
la voie du commerce, ou par toute autre industrie. Si l’industrie commerciale
peut la donner a meilleur marché que les manufactures, et si le gouvernement
orce a la produire par les manufactures, il force dès lors à préférer une manière
P us ispendieuse. C’est un tort qu’il lait à ceux qui la consomment, mais ce
U est pas au prolit de ceux qui la produisent. C’est sous ce point de vue que la
critique de M. Ricardo est fondée ; mais la mesure que je combats n’en est que
P Us mauvaise : elle augmente la difficulté naturelle qui s’oppose à la satisfaction
O nos besoins, et c’est sans profit pour personne. — J-R. Say. ;