Full text: Oeuvres complètes

CH. XXXII. —DE L’OPLMON DE M MALTllUS SUK LA RENTE. 375 
ce que M. Maltlius appelle « l’excédant du prix sur les frais de 
» production; » et par conséquent, en recherchant les causes qui 
peuvent faire monter le prix des produits agricoles, comparé avec 
les frais de production, nous recherchons les causes qui peuvent 
faire monter les rentes. 
Par rapport à la première cause de hausse, M. ^lalthus fait les 
observations suivantes ; « 11 nous reste encore à connaître pourquoi 
» la consommation et rapprovisionncmcnt sont tels, qu’ils font 
» monter le prix si fort au-dessus des frais de production. La cause 
« principale est évidemment la fertilité de la terre qui produit les 
» choses nécessaires à la vie. Diminuez cette abondance, diminuez la 
» fertilité de la terre, et l’excédant diminuera ; diminuez-la encore, 
» et il disparaîtra. » Certes, l’excédant des choses nécessaires dimi 
nuera et disparaîtra, mais ce n’est pas de cela dont il est question ; il 
s’agit de savoir si l’excédant du prix de ces objets de première né 
cessité sur les frais de j)roduction diminuera ou disparaîtra; car 
c est de cette circonstance que dépend la rente en monnaie. De ce 
que l’excès de quantité doit diminuer et disparaître, M. Alalthus est- 
il en droit de conclure que « la cause de l’excédant de prix des choses 
» nécessaires dépend de leur abondance plutôt que de leur rareté, et 
» est non-seulement essentiellement différente de la cherté occasion- 
“ née par des monopoles artificiels, mais encore du prix élevé des 
» produits particuliers de la terre, autres que les subsistances, pro- 
" duils qu’on peut nommer des monopoles naturels et nécessaires? « 
IN’y aurait-il pas des circonstances dans lesquelles la fertilité de 
la terre et l'abondance de ses produits peuvent éprouver une dimi 
nution sans en occasionner une pareille dans ce produit net, c’est-à- 
dire , sans occasionner une diminution des rentes? Si ce cas peut 
exister, la proposition de M. Malthus devient beaucoup trop géné 
rale ; car il me semble qu’il pose en principe général, (¡ue la rente 
doit hausser par l’augmentation de la fertilité de la terre , et qu’elle 
doit baisser par la diminution de sa fertilité. 
M. Malthus aurait raison sans doute, si, à mesure que la terre ren 
drait plus de produits, il en était payé une^plus forte part au pro 
priétaire; mais il en arrive tout autrement. Quand il n’y a en culture 
que les terrains les plus fertiles, le propriétaire n’a que la moindre 
part de tout le produit, aussi bien que la moindre valeur, et ce n’est 
que quand on a besoin des terres de qualité inférieure, pour nourrir 
une population croissante, (jue la part de tout le produit qui revient 
au propriétaire, ainsi (jue sa valeur, augmentent progressivement.
	        
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