Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

S  I

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schlague  infamante  qu’on  appliquait  avec  si  peu  de  mesure  dans  toute
l’armée  autrichienne.  Insinuant,  sans  rudesse  dans  ses  manières,  il  savait
gagner  le  cœur  de  tous  ceux  qui  l’approchaient,  et  il  avait  sur  ses  soldats
un  prestige  irrésistible.  Courtisan  habile,  parlant  cinq  ou  six  langues,  il
possédait  à  la  fois  le  secret  de  captiver  les  peuples  et  les  rois.
Cette  douceur  apparente  cachait  une  grande  énergie.  Alors  qu’il  n’était
que  capitaine,  il  s’était  déjà  distingué  par  un  trait  d’indépendance  et  de
fermeté  qui  mérite  d’être  relaté.
Un  feld-maréchal  de  la  vieille  école,  venu  pour  inspecter  un  régiment,
au  lieu  de  commencer  son  inspection,  s  était  attablé  dans  une  auberge.  Ou
était  en  hiver,  et  les  soldats  se  morfondaient  à  attendre  dans  la  neige.  Au
bout  d  une  heure,  Jellachich  perd  patience,  licencie  ses  hommes,  et  s’en  va
rédiger  un  rapport  contre  le  feld-maréchal,  son  supérieur.  Cet  acte,  d’une
hardiesse  inouïe  sous  un  gouvernement  autocratique,  le  rendit  plus  populaire ­
  dans  l’armée  que  s’il  eut  gagné  une  bataille.
L’année  1848,  si  fertile  en  événements,  arriva.  La  Révolution  éclata  à
Vienne  comme  une  bombe.  Grande  fut  l’émotion  que  causa  cette  nouvelle
à  Agram;  et  quand  on  vit  les  Hongrois  profiter  seuls  des  embarras  de
l’Autriche,  l’agitation  fut  extrême.  Aussi,  lorsque  la  Diète  révolutionnaire
s  ouvrit  à  Pest,  aucun  député  croate  n’y  parut.
M.  Gay,  qui  s’était  mis  à  la  tête  du  mouvement  slave,  tournait  depuis
longtemps  ses  regards  vers  ce  jeune  et  brillant  officier  des  Confins  qui
s  appelait  Jellachich.  L’occasion  lui  parut  favorable;  il  le  fit  nommer  par  la
Diète  slavo-croate  à  la  première  dignité  du  pays,  celle  de  ban  '.
Cette  élection  fut  le  signal  de  la  rupture  avec  la  Hongrie.  «  La  Croatie,
s  éciia  Kossuth,  est  en  état  de  révolte;  le  nouveau  ban  n’a  pas  encore  comparu ­
  a  Pest,  malgré  l’ordre  qui  lui  a  été  donné.  »
Le  ministère  hongrois  demanda  à  l’Empereur  la  destitution  de  Jellachich.
Le  souverain,  qui  craignait  une  ligue  générale  des  Slaves,  défendit  alors
au  ban  de  présider  la  Diète  qu’il  avait  convoquée  à  Agram.
Sur  ces  entrefaites,  une  nouvelle  révolution  éclata  à  Vienne.  Pendant  ce
temps,  la  capitale  de  la  Croatie  était  en  fête.  L  installation  de  Jellachich,
qui  était  le  Mai  représentant  des  sentiments  du  pays  vis-à-vis  du  gouvernement ­
  hongrois,  se  lait  avec  une  pompe  inusitée,  au  milieu  dune  foule
enthousiaste,  et  des  députations  de  la  Croatie,  de  la  Serbie,  et  des  délé—
1  Le  mot  de  ban  veut  dire  lieutenant  royal  ou  gouverneur  général.  —  Aujourd’hui,  ce  n’est  pas
la  Diète  slavo-croate  qui  nomme  le  ban,  mais  l’Empereur  lui-même,  sur  la  proposition  du  ministre
hongrois.  L  installation  du  nouveau  ban  donne  lieu  à  de  grandes  fêtes,  qui  ont  un  caractère  absolument ­
  national  croate.
            
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