Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  II  OS  GL  IE

révèle,  à  la  fois  sévère  et  gracieux,  sublime  et  sauvage,  rempli  de  contrastes
et  de  surprises,  de  scènes  inattendues  et  charmantes  :  des  coteaux  verts
et  des  ravins  aux  flancs  déchirés,  des  pentes  adoucies,  des  collines  roules,
des  cultures  variées,  de  sombres  draperies  de  forets,  des  amphithéâtres  de
montagnes  aux  souples  et  délicates  dentelures,  aux  lignes  ardues  ou  brisées,
harmonieuses  dans  leur  rudesse  et  accidentées  dans  leur  simplicité,  des
plateaux  touffus  d  herbages  et  constellés  de  jolies  fleurs,  comme  si  une  pluie
de  perles  était  tombée  sur  leurs  gazons,  se  déroulent  successivement  à  vos
regards.  Ici  s’ouvrent  des  vallons  verdoyants,  en  forme  de  conque  ou  de
berceau,  ombragés  de  beaux  arbres,  avec  des  fermes  qui  rient  portes  et
fenêtres  grandes  ouvertes,  comme  de  grosses  paysannes  de  bonne  humeur,
à  demi  vêtues,  au  milieu  de  leur  turbulente  basse-cour.  Là  se  dressent
des  parois  de  rocher  jaunes  et  abruptes,  aux  crevasses  noires  servant  de
refuge  aux  oiseaux  de  nuit;  plus  bas,  se  creusent  des  ravines  croulantes,
jonchées  de  vieux  sapins  aux  barbes  de  lichen,  tombés  sous  la  foudre  ou
le  poids  des  ans.  Au  fond  d’un  gouffre  insondable,  hurle  un  torrent  qui
se  débat  sous  l’étreinte  d’immenses  blocs  de  pierre  tombés.  Puis  ce  sont
des  cascades  qui  semblent,  à  distance,  figées  dans  leur  chute,  pareilles  à
une  coulée  de  glace  ou  de  cristal.
De  loin  en  loin,  par  une  échappée  lumineuse,  on  découvre  à  l’issue
d’une  gorge,  ou  au  milieu  d’une  vallée  montante  qui  se  perd  dans  1  infini,
  les  toits  de  quelques  hameaux,  bariolant  de  taches  rouges  le  tapis
vert  des  pâturages;  ou  bien,  plus  près,  à  la  pointe  d’une  arête  rocheuse,
c  est  la  silhouette  nettement  découpée  d’un  pâtre  qui  se  profile  :  appuyé
sur  son  long  bâton,  dans  une  attitude  de  statue,  son  sac  de  cuir  en  bandoulière, ­
  son  large  chapeau  sur  les  yeux,  il  surveille,  immobile,  un  troupeau ­
  de  chèvres  suspendues  au  bord  des  abîmes.  Au  troisième  plan,  dans
des  fonds  de  tableaux  clairs,  se  dressent  des  monticules  pelés,  rongés  palles ­
  pluies,  surmontés  de  grands  tas  de  pierres  blanches  ébauchant  des
créneaux  rompus,  des  pans  de  murailles  crevées  et  effondrées,  des  arcs
brisés  de  fenêtres  gothiques;  et,  tout  au  bout  de  l’horizon,  des  pics  aigus,
taillés  comme  des  aiguilles,  déchirent  d’un  jet  hardi  de  javelot  les  voiles
bleus  et  ondoyants  de  l’air.
Derrière  ce  heiissemcnt  de  cimes  pointues  et  glacées,  formant  comme
un  faisceau  de  baïonnettes,  apparaissent,  enveloppés  de  leur  long  manteau ­
  de  neige  plus  blanc  que  l’hermine,  les  sommets  du  Schneeberg  et  du
Raxalp,  coiffés  de  diadèmes  d’argent.  Ce  spectacle  dure  une  demi-journée;
et  sur  la  scène  immense  qui  vous  entoure,  c’est  un  changement  de  décors
qui  se  succèdent  comme  dans  une  féerie  splendide.
            
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