Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

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grins,  marcheurs  intrépides,  peuvent,  en  vingt-quatre  heures,  se  réunir
sur  les  points  les  plus  éloignés  de  leurs  frontières.  Leurs  armes,  un  pain,
du  fromage,  quelques  oignons  et  une  gourde  d’cau-de-vie  :  voilà  tout
leur  bagage.  Quand  il  pleut,  ils  roulent  leur  straka  (couverture)  autour  de
la  tète;  quand  la  nuit  les  surprend,  ils  s’étendent  à  terre,  dorment  deux
ou  trois  heures,  et  reprennent  leur  course  au  milieu  des  précipices.  C’est
à  la  faveur  des  ténèbres  qu’ils  organisent  leurs  attaques,  qu’ils  incendient
les  habitations  turques,  et  qu’ils  entourent  les  villages  trop  bien  défendus
d’une  guirlande  de  têtes  coupées,  plantées  sur  des  pieux.
Mais  revenons  à  K  rapina,  qui  est  un  des  bains  les  plus  célèbres  de  la
Croatie.  Le  soir,  tous  les  baigneurs,  selon  l’habitude  allemande,  soupent  à
la  carte.  La  salle  à  manger  ressemble  alors,  par  la  variété  des  types  et  des

costumes  qui  s  y  rencontrent,  à  un  buffet  de  gare  internationale.  Ici,
à  une  petite  table,  se  tiennent  deux  gentilshommes  campagnards  hongrois,
au  teint  basané,  à  la  moustache  et  à  la  barbe  noires,  chaussés  de  hottes,
les  pantalons  collants  et  historiés  de  galons  tout  autour  des  poches,  la
redingote  à  brandebourgs  et  la  cravate  à  franges.  Plus  loin,  une  Viennoise,
dans  une  toilette  fraîche  comme  le  printemps  et  rose  comme  l’aurore,  la
chevelure  piquée  de  fleurs  des  champs  et  dénouée  sur  ses  épaules,  marivaude ­
  entre  les  gilets  en  cœur  de  deux  banquiers  juifs  au  profil  de  bélier.
Seul  à  une  table,  mangeant  des  platées  de  nouilles,  un  Allemand  de  Styrie,
joufflu,  en  veston  de  drap  à  collet  vert,  le  dos  voûté,  le  ventre  tout  rond,
ressemble  à  un  ballon  captif  qui  se  gonfle.  Plus  loin,  ce  sont  deux  curés
qui  fument  et  boivent  une  bouteille  de  carlo  vitz.  Avant  d  approcher  le
verre  de  leurs  lèvres,  ils  l’élèvent,  en  fermant  l’œil  gauche,  à  la  hauteur  de
la  lumière,  et  sourient  à  sa  belle  couleur  de  rubis.  Puis  ce  sont,  à  d’autres
tables,  pittoresquement  groupés,  des  officiers,  des  habitants  des  Confins,
            
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