Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

chanter  pour  attendrir  le  ciel  et  lui  demander  la  pluie.  Un  emploie  ordinairement ­
  des  Tziganes  pour  cette  cérémonie,  dont  F  origine  ne  peut  être
que  païenne.
En  général,  le  paysan  croate  est  peu  instruit.  En  Croatie  et  en  Slavonie,
ceux  qui  ne  savent  ni  lire  ni  écrire  représentent  50  pour  100  de  la  population. ­
  Ce  n’est  qu’en  1850  qu’on  a  commencé  à  ouvrir  des  écoles  primaires ­
  dans  le  pays.  Mais  comme  il  n’y  en  a  pas  dans  chaque  village,  et
que  ceux-ci  sont  très-éloignés  les  uns  des  autres,  la  fréquentation  des
écoles  laisse  beaucoup  à  désirer.  Enfin  la  vie  de  clan  n  est  guère  favorable
au  progrès  intellectuel,  car  elle  exige  F  emploi  des  enfants,  dès  leur  bas
âge,  dans  les  travaux  domestiques.
La  manière  de  rendre  la  justice,  m’a-t-on  assuré,  n’est  pas  de  nature
non  plus  à  faire  progresser  le  pays.  Les  complications  et  les  lenteurs  de  la
procédure  sont  excessives.  Il  y  a  des  procès  qui  durent  depuis  un  demisiècle.
  Aussi  prend-on  les  avocats  à  l’année;  et  ils  se  chargent,  la  conscience ­
  légère,  de  faire  durer  le  procès  jusqu’à  ce  que  l’une  des  parties  se
soit  ruinée  en  frais  de  procédure.
On  m’a  cité  des  juges  qui  font  encore  appliquer  la  peine  du  bâton,  bien
que  la  bastonnade  et  la  flagellation  soient  abolies  depuis  trois  ou  quatre  ans.
La  strangulation  au  moyen  d’un  collier  de  fer  fixé  à  un  poteau  a  aussi  été
remplacée  par  la  pendaison.
Le  paysan  se  défend  souvent  lui-même  en  justice;  il  parle  avec  volubilité
et  un  grand  bon  sens,  mais  il  est  très-entêté.  Lorsqu’une  circonstance
quelconque  fait  rentrer  au  domaine  seigneurial  la  vigne  que  le  paysan  a
reçue  à  titre  de  concession  usufruitière,  et  que  le  procès  en  revendication
s’instruit  devant  le  tribunal,  le  paysan  accueille  la  sentence  en  riant  1 .
—  Pourquoi  ris-tu?  lui  demande  alors  le  juge.
—  Parce  queje  ne  quitterai  pas  ma  vigne.
—  Mais  elle  n  est  pas  tienne.  On  te  1  a  pretee.  J  enverrai  les  gendarmes
pour  te  chasser,  si  tu  ne  t’eu  vas  pas.
—  Quand  ils  seront  partis,  je  reviendrai.
—  Je  te  mettrai  en  prison.
—  Quand  je  sortirai  de  prison,  je  reviendrai.
—  Je  te  ferai  condamner  à  la  maison  de  force.
—  Je  ferai  mes  cinq  ans,  et  je  reviendrai.
1  La  sentence  une  fois  rendue,  le  juge  se  rend  avec  le  propriétaire  foncier  et  l’usufruitier  in
faciem  loci.  Le  juge  relit  la  sentence  en  présence  des  parties;  puis,  prenant  une  pincée  de  terre,
il  la  met  dans  la  main  du  propriétaire  en  lui  disant  :  In  nomine  Cœsaris  istud  signum  restitutionis
  lui  boni  ten-estris  datum  est.  Défense  est  intimée  au  paysan  de  toucher  désormais  à  ce  terrain ­
  sans  un  nouvel  accord  avec  le  propriétaire.
            
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