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LA HONGRIE
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sur leur façade, et vous disent : « Je demeure à la croix rouge, à la croix
violette ou à la croix blanche. » Joseph II avait voulu faire numéroter
toutes les maisons; le peuple hongrois y vit une atteinte à ses libertés
communales et s 1 y opposa.
L’église profilant son clocher blanc sur le ciel bleu, se dressa tout à
coup devant nous. A mesure que nous approchions, nous entendions plus
distinctement les voix qui se mêlaient aux mélodies de l’orgue. Nous
entrâmes. Au pied du maître-autel, resplendissant de lumières, paré de
fleurs de jardin, les enfants du village se tenaient groupés en demi-cercle,
formant comme une guirlande; les femmes à droite, les hommes à gauche
chantaient en chœur, et les voix s’élevaient pleines, fraîches, retentissantes,
perçant la voûte de 1 église pour monter jusqu au ciel. Les vêpres finissaient.
Le prêtre descendit de l’autel, et pendant que le monde sortait,
l’organiste joua un finale sur un air de valse hongroise. Il me sembla alors
que les anges du maître-autel, avec leurs jolies ailes diaprées, se mettaient
à danser une ronde, comme des papillons dans un rayon de soleil.
Nous allâmes nous placer sous le porche pour voir le défilé. En tête marchaient
les enfants, deux à deux, tenant un bouquet de fleurs. Puis venaient
les jeunes filles, aux jupes de riante couleur rose, bordée d’un velours
noir; le tablier, blanc comme la neige, retenu â la taille par un large
ruban, un châle ou un foulard croisé sur la chemise aux manches bouffantes.
Elles portaient d’une main leur mouchoir, et de l’autre leur livre
d heures. Mais ce que je ne pouvais me lasser d admirer, c’était le soin, la
grace avec laquelle elles étaient chaussées. Si l’on recherchait I origine de
Cendrillon, on verrait qu elle n a pu être que Hongroise. Toutes les femmes
de ce pays ont des pieds â rendre jalouse l’Andalousie, de Cadix â la
Sierra Morena. Aussi, pour les bien montrer, mettent-elles les jupons
les plus indiscrets qu’on puisse rêver. Les jeunes filles les plus pauvres ont
une chaussure de reine; et, comme si ce n’était pas assez des fioritures du
cordonnier, elles ornent encore leurs bottines â hauts talons de rosettes ou
de nœuds tricolores. Pour elles, la chaussure est le premier et le dernier
mot de l’élégance. Une vraie Hongroise préférerait mourir
se montrer, le dimanche, sans souliers.
C’étaient les premières paysannes queje rencontrais, et je compris l’enthousiasme
des poètes du pays, qui les comparent â de douces colombes, â
de petites pommes rosées, â des fleurs des bois, et qui appellent leurs doux
visages « des jardins fleuris ». — « Hier, dit un chant populaire de Kisfaludy,
deux colombes voltigeaient dans le jardin de ma voisine ; je les regardais,
ne sachant quelle était la plus belle. L’une est fraîche comme un
plutôt que de