ses épaules carrées, ses sourcils épais, ses grands yeux au regard féroce,
sa figure brunie par le soleil, sa longue pelisse en peau de mouton, sa cein
ture garnie d annes, lui donnaient un air sauvage et l’aspect particulière
ment sinistre. Il portait tout un arsenal avec lui : un fusil, des pistolets,
une hache et un bâton ferré. Il était cependant rare qu’il allât jusqu’à
F assassinat. Le brigand hongrois se contentait de piller les châteaux, de
détrousser les voyageurs, de rendre la vie dure aux bouviers de la puszta,
dont la vigilance était impuissante à protéger leurs troupeaux, et de livrer
bataille à la gendarmerie. Un cheval qui faisait son affaire n’échappait pas au
bétyar. Rusé comme l’Indien, il s’approchait la nuit du pacage et enlevait
sans bruit, avec une dextérité incroyable, le cheval ou la brebis qu’il con
voitait. S’agissait-il de voler un porc, il l’attirait à la lisière de la forêt, en
lui jetant des épis de mais, et l’assommait d’un coup de fokoch.
Célébrait-on une noce quelque part, le bétyar s’invitait lui-même au
festin et choisissait les plus jolies filles pour danser avec elles. S’il lui ar
rivait quelque^ désagrément, il était sur que ses camarades se chargeraient
de la vengeance en incendiant quelques bâtiments isolés dans la puszta. Il
y avait des bétyars qui poussaient l’audace jusqu’à venir attaquer les mai
sons dans les villages d’une certaine importance. Si ou les dérangeait, ils
se retiraient en combattant et en tirant des coups de fusil. Au mois de
novembre 1801, quatre grands gaillards à cheval, armés de pied en cap,
campaient devant Raya, où se tenait une des plus grandes foires de la Hon
grie ; ils arrêtèrent successivement soixante chariots et s’emparèrent de
quinze mille florins. Au mois d octobre de la même année, un fait extra
ordinaire se passa en Transylvanie. Huit brigands cernèrent pendant la
nuit la maison d un propriétaire ; ils essayèrent d enfoncer la porte coclière;
mais comme l’opération était difficile, ils voulurent entrer par la fenêtre.
Le propriétaire, réveillé par le bruit, accourut avec son fusil, menaçant de
tuer le premier qui s’approcherait. Les brigands commencèrent alors un vé
ritable siège qui aboutit à des pourparlers : les assiégeants déclarèrent que
la faim seule les poussait à cette extrémité. Le seigneur parlementa si bien,
qu’il en fut quitte pour quelques pains, une livre de lard et trois bouteilles
d’eau-de-vie.
Le nombre des brigands augmenta surtout en 1849, sous la domi
nation autrichienne. Avant cette époque, cependant, le voyageur ne pou
vait guère éviter la rencontre d une foule de gibets qui bordaient les routes,
comme les poteaux télégraphiques aujourd’hui ; la loi exigeait que les
suppliciés restassent exposés en plein air jusqu’à ce qu’ils tombassent en
pourriture. Un voyageur vit un jour, sous un squelette suspendu à une