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LA HONGRIE
lucarne ; puis il fit fusiller toutes les personnes, hommes et femmes, qui
se trouvaient dans la maison.
Ce terrible bandit avait aussi ses heures de gaieté. Une fois, un juif
qui avait affermé la récolte des noix de galle d’une forêt s’égara et
lequel rôtissait un mouton. Le juif était armé d’un fusil à deux coups, mais
il se garda bien d’en faire usage.
— Assieds-toi, lui dirent les bétyars, notre dîner ,va être prêt, tu le
partageras avec nous.
qui lui épargnait la dépense d’un dîner.
Il se régala de plusieurs morceaux de mouton grillé sur la braise, et
but à lui tout seul autant que deux brigands.
Puis, ayant allumé sa pipe :
— Messieurs, dit-il en se levant et en ôtant son chapeau, je vous
suis fort reconnaissant de votre hospitalité, et je vous remercie. Au revoir!
— Comment ! tu veux déjà nous quitter? lui dit Mylfait en tortillant
sa moustache, ce qui était toujours chez lui l’indice d’une idée saugrenue
lui trottant par la tête.
— Je suis bien fâché, mais il le faut... Ma famille serait dans les
transes, en ne me voyant pas arriver.
— Alors notre société te déplaît? continua Mylfait, qui lui jeta un
regard dur. Tu nous méprises...
— Non, je vous assure, protesta le juif, plaçant une main sur son
cœur.
— Écoute : quand on n est pas plus poli que toi, on offre au moins,
avant de se lever de table, de payer sa consommation, car tu as bu et
mangé d’une manière scandaleuse.
— J’ai cru qu’il était de mon devoir de faire honneur à votre repas,
tomba au milieu de la bande de ce chef, groupée autour d’un feu devant
— Vous êtes bien aimables, répondit le juif, enchanté de l’aventure
Mylfait.